Miles Davis, In a silent way, Columbia, 1969


"Nous étions à l'hôtel. Les enfants étaient sortis avec mes parents. Ma femme dormait. Depuis la fenêtre, je voyais tomber la neige sur le parc. J'ai pris un bout de papier et j'ai commencé à composer." (propos tiré de Weather Report, Une histoire du Jazz électrique de Christophe Delbrouck aux éditions Le mot et le reste.)

Voilà comment Joe Zawinul, qui vient juste de terminer l'enregistrement de The Rise And Fall Of The Third Stream, cause de ce jour de repos avec sa famille à Vienne où il compose ce qui va devenir un des éléments clefs de l'album In a Silent Way. Le batteur Tony Williams est là pour la dernière fois, il a décidé de faire sa route tout seul et de quitter Miles ; John McLaughling n'a que 20 ans ; Wayne Shorter est au saxophone ; Chick Corea et Herbie Hancock sont au piano electrique ; Dave Holland est à la basse, Miles Davis à la trompette et Joe Zawinul derrière son Fender Rhodes. Les prises seront toutes effectuées le 18 Février 1969.

Voici les propos de McLaughlin concernant l'enregistrement, tels qu'ils sont rapportés dans Le grand livre du jazz de Joachim-Ernst Berendt (Éditions du Rocher, 1986) : "Il y avait un tas d'accords. Miles m'a dit :"Eh bien John pourquoi ne joues-tu pas ?" J'ai répondu : "Vous voulez vraiment tous ces accords ? ça va me prendre un certain temps pour assimiler tout ça." C'est alors que j'ai eu ma première expérience de la manière de diriger de Miles. Il voulait que je joue le morceau avec un seul accord ! Et brusquement tout le monde était là attendant que je commence. Je ne savais que faire. Je n'en avais pas la moindre idée. Miles m'a fait : "Voyons, tu connais l'accord." Alors je lui ai joué l'accord. C'est tout. Deux accords en réalité. J'ai commencé à jouer et j'ai constaté que la lumière était allumée."

Et le In A Silent Way est goupillé ce jour, hypnotique et mouvant, l'album fait un tabac lors de sa sortie et devient une référence et un marqueur incontournable d'une musique en perpétuelle évolution. Les débuts du jazz électrique, calme et envoûtant.


Voici un extrait de In A Silent Way / It's About The Time de Miles Davis.


Commentaires

  1. Pinaise ! hier soir j'ai écrit un billet sur un autre album de Miles, Big Fun (1974, je crois) qui paraîtra demain, je crois. Soit les grands esprits se rencontrent, soit t'es un alien télépathe de Betelgueuse !

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  2. Ah non quand j'étais sur Betelgueuse j'écoutais Thelonious Monk !

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