Johannes Brahms, Rhapsody pour contralto, choeur et orchestre, Op 53



"Le psychanalyste est parfois amené à s’intéresser à un domaine particulier de l’esthétique, et généralement c’en est alors un qui se trouve “ à côté” et négligé par la littérature esthétique proprement dite. "
Freud – « Essais de psychanalyse appliquée ». Cette citation est tirée d'une étude "Jadis, un jour" de Josick Mingam publiée sur Cairn. L'étude traite de la dépression de William Styron et la Rhapsodie pour Contralto de Brahms.

"...the characters moved down the hallway of a music conservatory, beyond the walls of which, from unseen musicians, came a contralto voice, a sudden soaring passage from the Brahms Alto Rhapsody. This sound, which like all music - indeed like all pleasure - I had been numbly unresponsive to for months, pierced my heart like a dagger, and in a flood of swift recollection I thought of all the joys the house had known: the children who had rushed through its rooms, the festivals, the love and work, the honestly earned slumber, the voices and the nimble commotion, the perennial tribe of cats and dogs and birds - all this I realized was more than I could ever abandon ... And just as powerfully I realized I could not commit this desecration on myself. I drew upon some last gleam of sanity to perceive the terrifying dimensions of the moral predicament I had fallen into. I woke up my wife and soon telephone calls were made. The next day I was admitted to the hospital."


William Styron, Darkness Visible - A Memoir of Madness, 1989


A la question "Existe-t-il une solution ?" le romancier et essayiste William Styron dans Face aux ténèbres, Chronique d'une folie (Gallimard, NRF) répond "oui, la musique et notamment la Rhapsodie pour contralto de Johannes Brahms". Cette Rhapsodie composée par Brahms est accompagnée des strophes 5, 6 et 7 du Voyage d'hiver dans le Harz (Harzreise im Winter) de Goethe.

Mais là-bas, qui est-ce ?
Son chemin se perd dans les broussailles,
derrière lui
les buissons se referment,
l'herbe se dresse à nouveau,
le désert l'engloutit.

Ah qui guérira les souffrances
de celui pour lequel le baume devient un poison ?
De celui qui, de la plénitude de son amour,
voit naître la haine des hommes !
D'abord méprisé, aujourd'hui détracteur,
il gaspille secrétement
sa propre valeur
dans une inestimable recherche de soi.

Père de l'amour,
si ton psautier renferme un chant
auquel son oreille se montre attentive,
alors rafraîchit son coeur !
Révèle à son regard voilé
les milles sources
voisines de l'homme assoiffé
dans le désert !

(traduction des strophes 5,6,7 de Harzeise im Winter par William Mann)

La première des strophes choisies par Brahms montre un homme englouti par le désert de la nature, sûrement l'hiver, la deuxième nous montre le mal de cet homme et la troisième partie demande au "Père de l'amour" si "son psautier renferme un chant" qui pourrait montrer à cette homme dont le regard est voilé "les milles sources / voisine de l'homme assoiffé / dans le désert !" Il semblerait bien que cette rhapsodie fut une source salvatrice pour Styron.

Rhapsody pour contralto, choeurs et orchestre Opus 53 de Johannes Brahms avec Kathleen Ferrier.