Régis Campo, Laterna Magica (Musicube, 2013)


C'était à Harmonia Mundi, Toulouse. Marc m'avait mis un disque entre les mains en me disant "tiens, t'es curieux, voilà de quoi te remplir les oreilles." C'était un CD de Régis Campo et je me souviens avoir été secoué. Sur le disque il y avait une peinture de Joan Miro.

Une quinzaine d'années plus tard, c'est Régis Campo en personne qui m'a mis son dernier album entre les mains. Sur la pochette c'est une peinture de Patricia Kinard. Une fois seul, quelque peu fébrile, je me suis mis Laterna Magica entre les oreilles. Fébrile, parce que la musique de Campo correspond à des souvenirs déjà lointains et que je n'avais aucune idée de ce que j'allais retrouver ou découvrir...

Dès l'entrée en matière orchestrale (orchestre de chambre Paléas dirigé par Benjamin Levy), envoûtante et particulièrement cinématographique (Ouverture en forme d'étoiles), j'étais rassuré. La musique de Régis Campo me cause toujours. Que ce soit les Mondes cachés dévoilés au piano (Kanako Abe), le Pic-vert (avec l'arrivée de Mihi Kim au piccolo) ou le Phénix (avec Jean Louis Beaumadier à la flûte) le voyage mental est immédiat. Aux premières écoutes, ce voyage se fait en roue libre. Après j'épluche le livret, le titre des compositions, les interprètes. Alors de nouvelles portes s'ouvrent, de nouvelles possibilités voient le jour et l'imagination se développe dans de nouvelles directions. 

C'est en 1846 qu'Edward Lear publie A Book of Nonsense, recueil de poèmes humoristiques et absurdes. Régis Campo en tire 5 mélodies pour Soprano et piano. 5 petites pièces étranges et chantées par Marie Koboyashi accompagnée de Kanako Abe.





Arrive ensuite l'Épiphanie ; l'apparition des divinités grecques (Athéna, Dionysos, Apollon, Aphrodite...), ou alors ce sont les Romains avec les Saturnales (sept jours durant lesquels la hiérarchie sociale et la logique des choses sont chamboulées). L'Epiphanie c'est aussi ce passage de la Bible où les rois mages apportent les présents à Jésus Christ. À vous de choisir en écoutant le violoncelle de Patrick Langot ; pour ma part j'ai un faible pour l'Antiquité...

Le titre Laterna Magica pour accordéon (Thierry Bouchet) renvoie à l'image, à la technique et aux roues crantées du début du cinéma... La Laterna Magica a été conçu par Athanasius Kircher vers le milieu du XVI ème siècle, elle sert à projeter des images. Les amateurs de bande dessinée érotique se rappelleront aussi que La Lanterne Magique est le titre d'une BD de Guido Crepax. Bref, vous ferez le cinéma que vous voudrez bien faire avec ces quelques 10 minutes d'accordéon.

Les pièces de piano solo extraites du Premier Livre pour piano (2000/2002) disséminées sur l'ensemble du disque sont intimes et prenantes. Elles font penser à un monde liquide (Les Octaves menaçantes) qui se finit parfois de manière abrupte (Harmoni(qu)es). Le Cappricio pour orgue (Pascal Rouet) offre lui aussi plusieurs pistes à défricher... Les gammes et Les horloges - deux mouvements pour violoncelle (Patrick Langot) et piano (Kanako Abe) - lorgnent du côté du jazz. Musique lunaire pour 4 percussionnistes (Quatuor Beats) peut vous replonger directement dans un monde à haute teneur cinématographique. Puis, déjà, le disque s'achève sur un Mysterium simpliciatis #2 sur lequel je collerais bien une voix de pop star.

Les 15 oeuvres présentées ici ont été composées entre 1993 et 2013. 20 ans de compositions, 70 minutes de musique... une homogénéité certaine et des atmosphères prégnantes. Une bonne entrée dans l'univers de Régis Campo. Un disque particulièrement abordable pour qui s'intéresse à la musique et reste capable d'écouter un disque comme on regarde un film.


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