Ce que Nirvana me disait (épisode 10)



Hello, Hello, Hello, How Low (x3) 

Il n'y avait pas de disque des Sex Pistols à la maison et quand j'ai voulu écouter du punk qui ne soit pas français, je suis tombé sur le Sandinista des Clash... ça, du punk ? Je préférais Iron Maiden.

C'est ma mère qui m'a offert Nevermind de Nirvana en 1991 ; bien sûr j'avais déjà entendu Smell Like Teen Spirit dans le car qui nous amenait au collège. Le morceau était imparable, comme si quelqu'un avait mélangé Metallica et Lou Reed ; j'adorais ça et je n'étais pas le seul.  Nirvana c'est la décharge électrique, le raz de marée. Après ça rien ne sera plus comme avant.




A mulatto / An albino / A mosquito / My libido Yeah

1991, j'ai enfin un groupe entièrement à moi, et c'est un groupe que je peux partager avec tout le monde... pas un disque de la discothèque parentale, pas un groupe des années 60 ou 70. C'est un groupe bien vivant, qui se promène à la surface du globe en même tant que je l'écoute au fin fond de ma campagne. Comme pour Dylan je traduis les paroles à l'aide du dictionnaire. Et je lis tous les articles qui les concernent. Au final ma discothèque comportera 24 disques de Nirvana, 5 albums originaux et 19 pirates.

Something in the way 

Nous sommes chez Stéphanie dans le salon et quelqu'un met Smeel Like Teen Spirit. Le riff piqué aux Pixies (qui l'avaient eux même repompé sur un vieux blues), la basse/batterie comme une immense pulsation, le moment calme, les paroles reprises en choeur et la voix de Kurt Cobain. Nous nous chauffons doucement en nous frottant les uns contre les autres et à 1 minute 06 quand ça explose on se jette dessus en renversant tout ce qu'il y a autour.
Peu importe le lieu, peu importe l'heure, c'est notre chanson, notre communion.
Stéphanie, elle écoute Stairway to Heaven de Led Zeppelin, Enjoy The Silence de Depeche Mode et Jealous Guy de John Lennon.


Polly wants a cracker

À la télé c'est la guerre en Irak et en Yougoslavie. Nirvana c'est sérieux, c'est un groupe qui a des valeurs et des paroles, leurs chansons et le travail qu'ils font sur le viol me causent et résonnent avec ce qui se passe autour de moi. Je lis une interview de Cobain où il parle de l'importance de dédramatiser le viol sans en faire un acte anodin ; il dit cette rage de continuer à vivre, de se reconstruire : sers-toi de ce qui est arrivé pour avancer, plus fort ; il dit que tu n'es pas foutu, que ce n'est pas toi le coupable. À peu près à la même époque La Destroyante hurle Hélène et le sang à grand renfort d'ampli dans les salles des fêtes des villages de campagne.

Yeah a denial A denial! (x9)

Nirvana c'est aussi la mort du guitar hero et il est de bon ton de se moquer des longs solos de Hard Rock de l'enfance. Kurt Cobain déteste les Guns n' Roses parce que c'est un groupe de machos, OK, je déteste les Guns n' Roses et j'écoute l'album Appetite for Destruction tout seul, feignant de rester de marbre quand Sweet Child O'Mine ou Don't Cry passe dans les soirées.

Je me souviens de cette phrase de Laurent alors que je me moquais d'Iron Maiden et des solos sur lesquels nous décollions l'été d'avant : "c'est rien ça va te passer, c'est parce que t'aimes plus ça en ce moment, mais ça reviendra."
Bien sûr que c'est revenu, sous cette carapace à la fois sérieuse et mode où la musique tout entière devait coller à la façon de vivre je reste un hardos des bois et je ne fais pas le malin, vers minuit, quand Fear Of The Dark retenti dans le casque de mon walkman alors que je pousse ma mob tombée en panne.


Les autres épisodes de ma vie musicale sur Duclock :
Héritage & Industrie (épisode 1)
Boys Boys Boys (épisode 3)
Musiques et Images (épisode 5)
Premières munitions (épisode 6)
Fin des années 80 (épisode 7)
Place de ma mob (épisode 8)
Solitude et bande originale (épisode 9)

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