Premières munitions (épisode 6)



Thriller dans la voiture 

Nous avons quoi, 9 ou 10 ans ? Nous jouons à la 2ème guerre mondiale et à Star Wars. Dans la voiture garée près de la grange nous singeons les scènes de films où il y a des voitures. Les cassettes que l'on met dans l'auto-radio nous aident à nous transformer en héros. Deux cassettes reviennent tout le temps.


Thiéfaine ce sont des images, un déferlement d'images en phase avec la musique. Il se passe environ dix mille choses par chansons et ça a à voir avec Baudelaire et Rimbaud, des livres qu'il y a à la maison. À côté la musique de Michael Jackson était un peu décevante par rapport aux images de morts vivants qui s'y attachent, mais il y a du rythme et tout le monde parle de Michael alors nous écoutions Thriller entre Autoroute un jeudi d'automne et Les dingues et les paumés d'Hubert Felix Thiéfaine.
On en a fait des voyages, arrêtés dans cette bagnole. La question principale demeurait : "est-ce que nous abîmons la voiture quand nous passons les vitesses alors que le moteur ne tourne pas ?"


Ces deux albums sont sortis la même années : 1982 ; plus tard seul Hubert Félix Thiéfaine aura le droit de siéger sur les compilations que je glisse dans mon walkman. Michael Jackson est beaucoup trop pop, même s'il faut avouer que Bad et de Dangerous feront partie des morceaux que l'on n'est pas déçu de voir à la télé.


Premières munitions

Nous sommes en 1987 ou 1988 chez Leclerc avec ma mère, j'ai 11 ou 12 ans et je veux m'acheter un disque. C'est cher un disque, mais maintenant j'ai le poste - un Philips noir - et je vais pouvoir choisir. J'achète le L.A Woman des Doors parce qu'il est à moins de 100 francs, que j'aime bien les Doors et que la pochette rouge, jaune, noir me tape dans l'oeil. Il me reste assez d'argent pour une anthologie pirate en trois cd de Miles Davis ; sur la pochette il y a un serpent qui entoure la trompette de Miles, je connais son nom (à la maison il y a Tutu... je me le joue de temps en temps pour la basse de Marcus Miller).

J'ai 2 disques, je m'enferme dans ma chambre, et je suis le plus heureux des gosses. Même si Miles me rentre par une oreille pour sortir par l'autre. Il suffit que je mette un disque et le monde devient plus vaste.


Je ne sais plus à quelle occasion ni qui m'a offert le disque de Jean Jaques Goldman Entre gris clair et gris foncé mais ça me fait un troisième disque. Jean Jacques manque un peu de rock'n'roll par rapport à Thiéfaine, Lou Reed, Deep Purple ou Pink Floyd. Les paroles de Goldman parlent de trucs que je vois à la télé (comme le tennis) ou autour de moi (comme les tracteurs qui labourent la terre). Et puis ma première copine va faire sa communion et ça me permet de chanter un peu fort ces deux vers : Y en a qui lèvent des croix pour ceux qui n'y croient pas dans la voiture qui nous amène à nos cours de théâtre. 



Les autres épisodes de ma vie musicale sur Duclock :
Héritage & Industrie (épisode 1)
Boys Boys Boys (épisode 3)
Musiques et Images (épisode 5)
Premières munitions (épisode 6)
Fin des années 80 (épisode 7)
Place de ma mob (épisode 8)
Solitude et bande originale (épisode 9)
Ce que Nirvana me disait (épisode 10)

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