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| Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne, 1620 |
Se noyer dans le tourbillon de violentes décharges, de cassures de rythmes et de voix gutturales est une des joies du metal. C'est un peu comme les vagues et le contrepoint de la musique baroque (l'ouverture de la Messe en Si de Jean Sébastien Bach par exemple). Il y a là un souffle épique, une mise en avant des sentiments, comme s'ils étaient portés à bout de bras. À l'écoute de The Loss and Curse of the Reverence d'Emperor, il est permis de penser que nous avons là des Jean Sébastien Bach de notre époque. Ce sont les même types de vagues englobantes qui déferlent sur l'auditeur.
Les passerelles entres le metal et le baroque ne s'arrêtent pas à la musique en elle-même. Les titres de certains morceaux... Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen BWV 12 ce qui veut dire en français "Pleurs, lamentations, tourments, craintes" ; Mein Herze schwimmt im Blut BWV 199 soit "Mon cœur nage dans le sang" voire Komm, du susse Todesstunde BWV 161 "Viens, douce heure de la mort" ne seraient pas reniés par le death metal ou le black metal.
L'univers du metal s'emparent souvent d'images bibliques et les pays de tradition protestante produisent beaucoup de musique metal. L'Angleterre (anglicane), l'Allemagne, la Suède, la Norvège, la Finlande et les Pays-Bas sont fort bien placés dans la production de ce type de musique. Les USA (en très grande partie de tradition protestante) ne sont pas en reste. Chez Jean Sébastien Bach (et avant lui chez Buxtehude) la tradition protestante de l'accès directe aux textes et la possibilité de se les approprier permet le développement des cantates et des oratorios (Cf. Bach par Marc Leboucher, Gallimard, 2013). Il y a là une facilité à manier les images religieuses pour les traiter "à sa manière". Un traitement que l'on retrouve dans les musiques metal. S'il n'y avait qu'un seul exemple à prendre, penchez-vous sur les chansons aux références bibliques de Metallica (Creeping Death et The Four Horsemen).
Emeric Cloche.
