Take Shelter (Jeff Nichols, 2011)


Le film décrit la vie d'une famille et la névrose d'un homme. Formellement réussi et prenant, le film laisse un goût d'amertume quant à sa résolution dramatique.

Aux trois quarts du film je me demandais ok, c'est bien fait mais qu'est-ce que Jeff Nichols et son équipe sont en train de me raconter ?

Lors de la première fin, la réponse est qu'avec l'aide de la famille la guérison est possible. Cette fin était un peu rapide au vu des éléments précédents. La deuxième fin est particulièrement ambigüe et vient tout remettre en question. Le spectateur a le choix entre deux options : cet homme est fou et il a entraîné sa famille (la mère et la fille voient ce qu'il voit : comme de l'huile qui tombe du ciel et la terrible tempête qui s'approche) dans sa folie ; ou alors cet homme est un prophète et il a vu venir la grande tempête.

(EDIT : Comme le fait remarquer Caroline il y a une troisième solution : que cette fin soit un cauchemar de Curtis ou une de ses hallucinations.)

Cette fin qui ne prend pas position m'a agacé. Quand on traite un sujet comme la névrose qui se transforme en maladie mentale, le réalisateur a une responsabilité. Trouver un film bon n'empêche pas de s'interroger sur ce qu'il peut dire. La fin du film (et sa réponse dramatique) donne souvent le point de vue du scénariste et du réalisateur, ou tout au moins permet une lecture de ce que l'on vient de voir ; c'est là que se boucle ce que dit le film.

Sur ce point Take Shelter n'est pas sans me rappeler Breaking The Waves de Lars Von Trier qui joue avec le sentiment et le pathos de manière remarquable, pour finir avec une résolution dramatique très claire, où les cloches qui résonnent dans le ciel nous disent que ceci est l'histoire d'une sainte qui se sacrifie pour son mari (une vision morale que je ne partage pas du tout).

Take Shelter peut se ranger dans la série de films "fin du monde" aux côtés de Robin Campillo (Les Revenants, 2004) ; du mielleux new age 4h44, derniers jours sur terre d'Abel Ferrara et du Melancholia de Lars von Trier.

Jeff Nichols, Take Shelter, 2011, 120 minutes.

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