Genres et rôles, éléments de réflexion



En matière de rôles et de genres, en 2011 en France il reste du boulot... Tout d'abord (et pour mémoire) voici un extrait de Simone de Beauvoir tiré du Deuxième sexe (Gallimard, 1949) :

On ne naît pas femme : on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c'est l'ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu'on qualifie de féminin. Seule la médiation d'autrui peut constituer un individu comme un Autre. En tant qu'il existe pour soi, l'enfant ne saurait se saisir comme sexuellement différencié. Chez les filles et les garçons, le corps est d'abord le rayonnement d'une subjectivité, l'instrument qui effectue la compréhension du monde : c'est à travers les yeux, les mains, non par les parties sexuelles qu'ils appréhendent l'univers. Le drame de la naissance, celui du sevrage se déroulent de la même manière pour les nourrissons des deux sexes ; ils ont les mêmes intérêts et les mêmes plaisirs ; la succion est d'abord la source de leurs sensations les plus agréables ; puis ils passent par une phase anale où ils tirent leurs plus grandes satisfactions des fonctions excrétoires qui leur sont communes ; leur développement génital est analogue ; ils explorent leur corps avec la même curiosité et la même indifférence ; du clitoris et du pénis ils tirent un même plaisir incertain ; dans la mesure où déjà leur sensibilité s'objective, elle se tourne vers la mère : c'est la chair féminine douce, lisse élastique qui suscite des désirs sexuels et ces désirs sont préhensifs ; c'est d'une manière agressive que la fille, comme le garçon, embrasse sa mère, la palpe, la caresse ; ils ont la même jalousie s'il naît un nouvel enfant ; ils la manifestent par les mêmes conduites : colères, bouderie, troubles urinaires ; ils recourent aux mêmes coquetteries pour capter l'amour des adultes. Jusqu'à douze ans la fillette est aussi robuste que ses frères, elle manifeste les mêmes capacités intellectuelles ; il n'y a aucun domaine où il lui soit interdit de rivaliser avec eux.

En deuxième lieu l'extrait de l'article De la domination masculine de Pierre Bourdieu dans Le Monde Diplomatique d'Août 1998 :

Et j’ai aussi toujours vu dans la domination masculine, et dans la manière dont elle est imposée et subie, l’exemple par excellence de cette soumission paradoxale, effet de ce que j’appelle la violence symbolique, violence douce, insensible, invisible pour ses victimes mêmes, qui s’exerce pour l’essentiel par les voies purement symboliques de la communication et de la connaissance - ou, plus précisément, de la méconnaissance, de la reconnaissance ou, à la limite, du sentiment.

Nous sommes maintenant prêts à nous pencher sur des titres de collection petits enfants de chez Fleurus. Ici, les lectures sont déterminées par le sexe des petits enfants et les titres ne sont pas les mêmes pour les filles et les garçons. On notera au passage que la collection P'tit Héros ne comporte pas de pendant P'tite Héroïne.


Pour les garçons :



Coloriage P'tit garçon pompier
Coloriage P'tit garçon tracteur
L'ambulance de Maxence
L'avion de Gaston
La formule 1 de Gabin
La grue de Lulu
La moto de Marco
La tractopelle d'Axel
La voiture d'Arthur
Le bateau de Léo
Le bus de Marius
Le camion de Léon
Le camion-poubelle de Marcel
Le gros camion de Simon
Le tracteur de Peter
Le train de Bastien

Et dans la collection P'tit Héros :

L'aventurier
L'indien
Le chevalier
Le cow-boy
Le pirate
Super-héros

Et pour les filles...



Chloé joue à faire le ménage
Jade joue à la coiffeuse
Lilou joue á la poupée
Lisa joue á la maîtresse
Lola joue à la dînette
Lou joue au vétérinaire
Mila joue à la fée
Nina joue au docteur
Rose joue à la princesse
Zoé joue á la marchande


L'apprentissage des rôles commence très jeune et ce genre de compartimentation enferme (détermine) les personnes dans des stéréotypes qui ne sont pas sans conséquences sur la liberté et la violence (voir La domination masculine de Pierre Bourdieu et le film de Patric Jean du même nom ou encore de Ne dis rien (Te Doy Mis Oros) de Iciar Bollain. Souvent, on retrouve les même partitions dans les livres pour apprendre les langues à l'école. Souvenez-vous... maman fait la cuisine et papa lit le journal.

Afin de compléter et de développer, je vous conseille fortement la lecture de L'Indic n°6 qui donne pas mal de pistes de lectures sur les rôles homme/femme en partant d'une base polar et sf. Une lecture de King Kong Théorie de Virginie Despentes et de Virginia Woolf avec Une chambre à soi me paraît tout autant salvatrice. Ainsi qu'une écoute attentive de Nos reflets égarés de Resistenz...

Commentaires

  1. Quelle horreur, ces titres de bouquins... Je trouve qu'on est en plein retour des stéréotypes, en pleine régression; dans les années 80 j'ai l'impression d'avoir eu une enfance beaucoup plus libre. Il y a une réflexion très intéressante sur le sujet, notamment le fait que dans tout un tas de situations on ne se conçoit pas vraiment comme homme ou femme (quand on lit, quand on cuisine, par exemple) dans La tentation de Pénélope de Belinda Cannone, un très bon petit bouquin.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire