L'âge de regarder Rohmer



Une affaire d'âge.

Je me souviens très bien avoir essayé de visionner Automne, un des contes de Rohmer, à la sortie de l'adolescence et d'avoir dit du mal de Rhomer par la suite... des phrases comme "Rohmer on dirait une série américaine de M6 fait par un français... c'est un peu comme les feux de l'amour, quoi". Je n'ai jamais vu un épisode en entier des Feux de l'amour et je n'avais jamais regardé un Rohmer en entier, mais surtout je n'avais pas l'âge. C'est sûrement un truc qui arrive en vieillissant, on se rend compte qu'il y a des âges pour comprendre. À l'époque ma définition du cinéma était sûrement assez réduite et ce qui n'entrait pas dans cette définition ne me concernait pas.




J'ai regardé Pauline à la plage et j'ai compris.

Les dialogues sonnent un peu comme au théâtre. C'est très démonstratif de par cette "diction" et le côté "documentaire" : les acteurs montrent leurs sentiments par les expressions de visage et les postures corporelles ainsi que leur placement dans l'espace. Chacun des personnages a un discours et ce discours ne correspond pas forcément à ses actions, ni a ce qu'il pense vraiment. D'autre part, les personnages se déplacent peu et ne sont pas filmés dans l'action. Sauf dans un instant de violence, ils ne font rien à part marcher un peu et se caresser. Il n'y a pas de "méchants" ou de "gentils" et chacun pourra s'attacher à un ou plusieurs personnages et le suivre.




"L'amour ne se commande pas" dit Marion

Le film est centré sur la question du désir, de l'amour et du mensonge, la jalousie a sa part et tout cela est filmé avec son lot de pectoraux et de tétons qui pointent, de caresses et de baisés... Cet érotisme et la façon dont le sujet est traité ne sont pas sans rappeler le théâtre de Marivaux. Le film est entièrement centré autour de 3 hommes et 3 femmes et tout paraît très "naturell. Il y a sans aucun doute un style "Rohmer" et nous ne serons pas sans en reparler ici.


Eric Rohmer, Pauline à la plage, 1983

Commentaires

  1. Je suis une des rares, dans mon entourage, à apprécier Rohmer. "Barbant, intello..." qu'ils disent. Mais moi, j'y vois un charme fou et je ne sais pas vraiment à quoi il tient. A l'intelligence des dialogues peut-être. A la sincérité des personnages. J'ai revu récemment Conte d'Ete et Conte d'hiver : de très jolis moments.

    RépondreSupprimer
  2. d'accord avec le commentaire du dessus. La collectionneuse a était longtemps mon film de chevet. Il y a chez Rohmer l'éloge d'une certaine idée de la liberté.

    RépondreSupprimer
  3. Oui d'ailleurs on va continuer à causer des Rohmer sur Duclock. Au passage je viens de me revoir UZAK (2003) de Nuri Bilge Ceylan... un film sur la dépression économique, cultrelle et surtout individuelle. Pas joyeux, je ne pense pas le regarder une troisième fois. Demain on va causer un peu du "Silence des Agneaux".

    RépondreSupprimer
  4. J'ai regardé pour la 2ème fois Conte d'hiver il y a une semaine après une quinzaine d'années. C'est vrai: à l'époque, je n'avais pas compris beaucoup les questions morales et les dialogues me paraissaient faux. J'avais même pensé que je ratais mon temps en regardant ce film, ce qui est terrible. Il me plaît de penser que j'ai mûri plutôt que d'avoir vielli... mais, voilà, j'adore Rohmer! Il est capable de discuter des problèmatiques très complexes, ce qui est très rare. (je m'excuse pour les fautes, le français n'est pas ma langue maternelle)

    RépondreSupprimer
  5. Et hop un autre Rohmer par ici : http://duclock.blogspot.com/2011/03/les-nuits-de-la-pleine-lune-eric-rohmer.html

    RépondreSupprimer
  6. Pauline à la plage, vu hier soir ! C'est donc mon 1er Rohmer. Au-delà des clichés déjà évoqués plus haut (intello, théâtralisé ou séritéléïsé), je me demandais quand même ce qui faisait la saveur du mythe, et sans télé et lecteur dvd, on s'interdit une grande part de la culture cinématographique.
    C'est du théâtre comme dit Duclock. Je n'ai pas ses références (Marivaux, etc...) mais j'ai assisté à une croisée des sentiments finement évoquée. Il n'y a pas de méchants ni de gentils dit Duclock mais Pauline est tout de même l'incarnation d'un absolu adolescent parée des vertues après lesquelles les adultes courraient indéfiniment : un amour qui se donne sans préjugés, des élans du coeur naïfs et vrais en opposition aux sentiments compliqués des adultes, une adolescente lumineuse, personnage témoin et finalement incontournable autour de qui tournent (et rôdent ?) des adultes déboussolés. Bref une sorte de figure mythologique des illusions perdues. Amanda Langlet a le charme fou de cet âge et Rohmer fait passer à travers son personnage une petite musique mélancolique, celle d'une jeunesse de tous les possibles qu'on ne rattrape pas.

    RépondreSupprimer
  7. Il va falloir organiser une rencontre autour de Rohmer, un rencontre accompagnée d'un peu de jus et de bonnes viandes, de sables et de plages.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire