Sur La route de Gakona avec Jean-Paul Jody


Après un détour par le monde pharmaceutique (on a failli tous mourir de la grippe... c’est le bon moment pour (re)lire Chères Toxines) Jean-Paul Jody revient à son personnage créé dans La position du missionnaire.

Kinscoff, longtemps enquêteur dans de grandes compagnies d’assurances, travaille à son compte avec un ami. Dans leur cabinet, une jeune stagiaire fait son apparition pour étoffer la bande. Parti pour vérifier le suicide d’un vieux monsieur, Kinscoff met le nez dans des affaires d’ondes et d’électricité. Tesla le savant, ses brevets, des services secrets très énergiques, la Norvège, le Canada, l’Alaska... Jean-Paul Jody nous fait le grand show ! Chapitres courts alternant les personnages, il impose un rythme fait pour s’y laisser prendre. L’auteur livre des pistes à ses lecteurs comme base de son histoire. Le cloud seeding à Melbourne en 2007, pendant lequel plusieurs scientifiques « faiseurs de pluie » se sont réunis pour étudier l’ensemencement des nuages ; les expériences de modification du climat... rien n’est inventé. L’agencement forme un ensemble qui tend prête à la paranoïa, risque évident face à de nombreux éléments techniques à charge dans une fiction. Manipulation mentale mondiale, prise de pouvoir de l’armée sur les politiques... des données que l'on pourra juger à effet "sensationnel". Pour se faire une opinion, il faut plus de détails, et d’ailleurs Jean-Paul Jody invite ses lecteurs à utiliser à leur sens critique. Il faudra donc aller vérifier, par exemple, si l’iodure d’argent répandu sur les terres lors des pluies artificielles est dangereux. Reste des questions pertinentes : que fait-on en créant ces phénomènes artificiels ? Jusqu’où pouvons-nous tout manipuler sans conséquences ?

Comme le disent les personnages pour clore cette histoire : « Ça correspond tout à fait à notre époque, on croule sous les informations et finalement personne ne sait rien. » « ne pas croire, ne pas douter, se faire sa propre opinion par soi-même. »

Tout récemment, une polémique est née autour de ce roman, partie d'un article d'une journaliste du Monde des Livres. Elle "développe" une idée, qui consiste à dire que l'auteur n'a fait que reprendre le rapport HAARP pour construire tout son roman (donc autant lire le rapport et pas le roman...). À lire son article, il semble surtout qu'elle tire les faits pour qu'ils collent à son "idée". Du journalisme moderne ? Tout cela est expliqué sur le blog associé au roman.

Jean-Paul Jody, La route de Gakona, Seuil, 2009, 21,50 euros, 482 p.

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