La couleur tombée du ciel, Lovecraft


"Il y avait quelque chose d'une impassible résignation pour eux tous, comme s'ils marchaient dans un autre monde, entre les rangs de gardes sans noms, vers une perte certaine et familière."
Howard Philip Lovecraft, La couleur tombée du ciel (traduction de François Bon).

S'il fallait en une seule phrase de l'auteur tenter de résumer l'oeuvre, il est bien possible que ce soit celle-ci que je choisisse. Je relis Lovecraft au gré de l'envie et des re-traductions. Une des dernières en date signée François Bon concerne une de mes nouvelles favorites : La couleur tombée du ciel écrite en 1927. Une nouvelle dense, évocatrice et poétique. Indispensable.

"C’était une scène digne d’une vision de Fuseli, et partout autour régnait cette débauche de luminosité amorphe, cet arc-en-ciel de poison secret, étranger et sans dimension venant du puits – bouillonnant, flairant, lapant, attrapant, scintillant, forçant et boursouflant malignement dans son chromatisme cosmique inconnaissable."

Au plus fort de l'histoire Lovecraft convoque le peintre Füssli pour l'aider à planter le décor. Il avait déjà évoqué Salvator Rosa pour décrire, au début de la nouvelle, la lande foudroyée. Voilà une méthode de comparaison évocatrice pour qui connait les oeuvres en question ; mais plus qu'un tableau en particulier c'est une ambiance générale qui s'impose alors. Une ambiance tortueuse et tourmentée ; Howard doit s'intéresser à la peinture... dans Le Molosse (1924) déjà, il évoquait Francisco de Goya...

NB : Si la phrase en introduction vous parle vous devriez vous procurez dans les plus brefs délais le Revival de Stephen King qui vient de sortir (aux éditions Albin Michel) ; c'est du même tonneau.

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