Gorgoroth, Destroyer (Nuclear Blast, 1998)


Si le nom Gorgoroth vient du Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien le sous titre de l'album Destroyer : or about how to philosophize with the hammer vient de Nietzsche, plus précisément du Crépuscule des Idoles. Infernus et ses gars doivent bouquiner un peu et aimer certaines images.


Hellfest (Clisson, France, 2014).
Il était minuit précise, le solstice d'été touchait à sa fin en même temps que le concert de Nile ; la foule d'Altar se tournait vers le Temple. Nous n'étions pas à Cracovie le 1er février 2004, il n'y avait pas de figurants nus crucifiés sur des croix, pas de têtes d'agneaux empalées sur des piques, pas de dizaine de litres de sang de mouton à répandre mais l'ambiance était là, terrifiante. C'était une musique à base de saturation et de chant rageur pilonné par une batterie épileptique, lourde et martiale. Et puis il y avait le maquillage noir et blanc de rigueur, les bras recouverts de bracelets à clou, le cuir, les lumières oranges et rouges et les croix enflammées. Tout le décorum apportait une gangue à la musique de Gorgoroth et, sous la tente surchauffée du Temple, il ne restait plus qu'à communier en secouant la tête et en levant les bras.
La nuit la plus courte de l'année fût à la fois chaude et glaciale.

La messe est noire et envoutante. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit avec cette musique : une communion, une gangue de distorsion. Sous un couvert quelque peu punk, les compositions sont pleines d'arpèges et les riffs qui montent et qui descendent font comme les vagues de cordes de la musique baroque, la batterie - à coup de double pédale - joue le rôle de la basse continue. La machine à laver la tête tourne à plein régime. Le voyage est tumultueux à souhait.
Pour les paroles... c'est sûrement pas plus mal qu'on ne comprenne rien à ce qu'ils chantent. La voix indistincte devient un instrument de musique.

L'album Destroyer n'est le pas le meilleur pour rentrer dans l'univers du groupe. Il ressemble à une compilation de titres enregistrés sur 4 ans avec divers chanteurs (Infernus, Pest, Graahl et T-Reaper), c'est un peu patchwork. Et puis il est signé sur un gros label (une trahison pour le milieu underground) ce qui n'empêche pas une production plutôt crade (encore une marque de fabrique du genre). Crade comme une forêt bien sombre où pourrissent quelques carcasses de bestioles et froide comme une montagne pleine de vent. Surnage un sentiment de rage et de désespoir, beau et froid comme les ruines d'un âge d'or qui n'a jamais existé.

Le titre Open the gates résume assez bien la puissance et l'ambiance que peut délivrer cette musique ; quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle...

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