Adrien se souvient de Keziah Jones


Adrien Meignan est poète et anime l'émission BaTTeul sur Jet FM, en ce jour d'été il se souvient de cet air...


Je ne me souviens plus du nom de cette côte mais c’était en rentrant de Cadaqués. Mon père conduisait, ma mère et la mère de ma mère étaient assisses à l’arrière. J’avais eu l’autorisation exceptionnelle de mettre le cd que je voulais dans le lecteur de l’Alfa-Roméo. Nous revenions d’une après-midi passée à Figueras puis à Cadaqués, pour un retour sur les traces de Dali. Il y a beaucoup plus longtemps, nous avions déjà effectué ce voyage mais je n’en avais aucun souvenir. A ce deuxième passage dans le village, j’avais l’âge de partir seul y explorer les rues. Je me baladais avec un sentiment de liberté, renforcé par une aisance toute particulière de pouvoir me balader dans un village inconnue, étranger avec la féroce sensation de le connaitre par cœur. Ces murs blancs, ces ruelles crument éclairés par le soleil… Je savais ou j’allais et l’autorisation parentale en était plus appréciable.

Et puis ce fut le moment de repartir. A l’aller nous avions pris une autoroute des plus banales où les paysages ne changent pas, où l’Espagne n’est que la continuité d’un paysage uniformisé. Alors nous avons pris la route de la côte pour rejoindre Méze (sur l’étang de Thau) ou habite la mère de ma mère. Tout le monde se reposait et j’ai eu cette envie. L’envie d’enfin découvrir cet album à la pochette jaune éclatante et ce profil de Keziah Jones avec son visage qui y apparait. Le titre : Liquid Sunshine, comme la lumière déclinante sur les falaises que nous longions. Ce soleil doux qui coule contre la peau. Le paysage m’apaisait avec ces collines dorées qui plongeaient dans la mer méditerranée. Quand je mis le cd dans le lecteur, ce sentiment prit de l’ampleur, me mis dans un cocon de douceur. Ce funk légèrement dissonant baignait l’habitacle de la voiture. Le son n’était pas très fort mais cela suffisait à mon bonheur. Personne ne disait rien, on se laissait conduire dans la chaleur de l’été, avec l’embrun de la mer qui passait par la fenêtre. Et cette musique pour pimenter nos sens.

Commentaires