Romuald Herbreteau se souvient de cet air



Romuald Herbreteau est informaticien et écrivain de Science Fiction. Il a publié plusieurs nouvelles dans diverses revues et anthologies, et travaille actuellement sur un projet dont nous ne serons pas sans reparler... en attendant ce jour il nous livre un souvenir musical.


Au tamis de mes souvenirs, je ne vois aucune pépite briller plus fort qu'une autre. Ou plutôt : chacun d'entre eux m'est précieux d'une manière ou d'une autre et l'ensemble qu'ils composent est ce qu'il m'importe le plus. Il faut dire que ma culture musicale est bâtie de bric et de broc. Je n'en renierai pas une miette. Ni les fantômes disco de ma petite enfance, ni les tubes divers des années 80, encore moins le choc Nirvana de mes 17 ans. Smells like teen spirit. Tiens ! Voilà une belle cible de choix. Sauf qu'aucun souvenir particulier n'est lié à ce morceau sinon le morceau lui-même et l'émotion qu'elle a suscité en moi.

Bref.

Une fois n'est pas coutume, ce vendredi soir je ne rentre pas chez ma mère comme j'en ai l'habitude le week-end. Mon colloc, lui, a quitté pour 48 heures notre appart nantais qui n'est qu'une grande pièce dans une maison bourgeoise en bois du quartier de l'île de Versailles. J'ai 18 ans. Je me trouve à l'arrière d'une vieille super 5 blanche trois portes. Les deux autres sont devant. On traverse la ville de long en large. Je n'ai aucune idée de quoi on pouvait discuter. Le conducteur, un grand type cheveux longs, cuir fatigué sur le dos, des sortes de Marteens aux pieds, a les yeux trop rouges. Et puis je capte l'info à la radio que les autres n'écoutent pas. Kurt Cobain est mort. Je ne sais pas trop quoi penser, c'est un peu irréel. Je demande où on va. David me dit qu'il attendait qu'on lui pose la question. On aurait pu rouler ainsi toute la nuit le connaissant. Alors on se pose chez Antoine, dans une cave transmutée en chambre humide. Pas de vraie fenêtre. Très zen, on se prépare du thé, on se partage un cake industriel chocolaté. Oxyde Carton Blindé. Antoine passe le Unknown Pleasures entier de Joy Division, puis un truc que je ne connais pas. C'est quoi ? On s'accorde à dire que, malgré l'étrangeté asthmatique de la voix, malgré le synthé étouffé, c'est une sorte de musique pop. Mais de la bonne, hein ? Comment elle s'appelle, que je demande. Björk, qu'on me dit.

Putain, Kurt, t'as déconné.

Commentaires