Yan se souvient de cet air...

Yan par Caroline de Benedetti
Yan s'occupe du site Encore et toujours du Noir ! sur la toile, grand lecteur c'est aussi un spécialiste du barbecue. Le voilà qui se souvient d'une chanson...

À cette époque, finalement récente, où l’internet balbutiait encore, où l’on faisait des recherches à partir d’Altavista et où il fallait compter une bonne demi-heure pour télécharger un morceau de musique, on comptait beaucoup sur le bouche à oreilles et aussi pas mal sur les fameuses compiles-catalogues des maisons de disques indépendantes. 

 J’ai grandi au bord de l’océan. Ça signifiait surf d’avril à octobre et skate le reste du temps et, pour accompagner tout ça, la musique qui allait avec. Les plus âgés nous avaient fait découvrir les Beastie Boys, Suicidal Tendencies ou Agent Orange, et de notre côté nous prîmes la vague du punk dit « mélodique » pour ceux qui aiment les cases : Pennywise, Bad Religion, NOFX, Lagwagon, No Use For a Name... Epitath, de Brett Gurewitz ou Fat Wreck Chords, de Fat Mike, diffusaient donc des compilations pour faire découvrir les groupes qu’ils produisaient ; des disques à vingt ou trente balles avec souvent une bonne vingtaine de morceaux et, au bout du compte, l’envie de découvrir encore d’autres groupes.  

Et puis un jour, alors que j’étais en fac, voilà que je tombe sur une nouvelle compile. Give’em the Boot, ça s’appelait, et c’était le premier catalogue d’Hellcat Records que venait de monter Tim Armstrong, le chanteur de Rancid. Je m’attendais à du punk, mais dès le deuxième morceau, on passait au ska avec un groupe dont je n’avais jamais entendu parler. C’était Watch This des Slackers, un titre amusant, plaisant… et il y avait la voix du chanteur, Vic Ruggiero, vibrante, ample… Quelques semaines plus tard, je tombais sur l’album Redlight et l’achetais avec l’argent qui devait me servir à faire mes courses pour la semaine. Après tout, il me restait des pâtes. 

Depuis, il a peut-être tourné mille fois sur ma chaine et plus particulièrement une chanson. Il y a dans Married Girl tout ce qui fait le charme du groupe, l’alchimie de la voix de Vic Ruggiero et des cuivres de Glen Pine et Dave Hillyard, la ligne rythmique des imperturbables Agent Jay, Luis Zuluaga et Marcus Geard, l’humour teinté d’une vague mélancolie et un sens aigu de la mélodie. Voilà quinze ans que cette chanson m’accompagne, y compris au hasard de mes pérégrinations. Il y a quelques années, partis passer quelques semaines dans le sud-est des États-Unis, nous revenions de barboter avec masque et tuba sur un récif au large de Key West quand notre bateau a été pris dans un gros grain. Alors que nous nous faisions secouer par les bourrasques et que la mer grossissait, le skipper a mis de la musique… Married Girl.


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