Michel Embareck se souvient de cet air...

Michel Embareck en dédicace à la librairie l'Atalante avant le repas des Fondu Au Noir
Michel Embareck a été journaliste rock chez BEST (cf. ses ouvrages Sur la Ligne Blanche et Rock En Vrac) puis journaliste judiciaire et de faits divers pour la presse quotidienne régionale. Spécialiste de rugby il signe - en tant qu'écrivain - des chroniques sportives pour Libération. Il est aussi romancier, homme de goût et d'excellente compagnie. Son dernier livre Très chers Escrocs vient de sortir aux éditions de l'Écailler. Son prochain roman Avis d'obsèques sortira le 28 Août chez l'Archipel. Aujourd'hui il nous livre un de ses souvenirs musicaux pour la série Je me souviens de cet air.


Donc le 11 décembre 1967 tombait un samedi. Un samedi puisque, interne dans un lycée napoléonien au règlement proche de la maison de correction, j’ai chialé toutes les larmes de mon corps au-dessus du transistor posé sur la table de la cuisine chez mes parents. A deux pas, ma mère ricanait. Fallait-il être crétin pour se mettre la rate au court-bouillon parce qu’un chanteur de musique à ours s’était tué en avion ? Otis était mort et la radio débitait l’épitaphe, These Arms of Mine, Mr. Pitiful, I’ve Been Loving You, Try A Little Tenderness, Fa-fa-fa-fa-fa… 

D'un coup, le soleil s’est éteint sur ma galaxie musicale. Stones ou Beatles, le débat des récréations ne me concernait pas. Au début, au tout début, à la naissance de mon monde, il y avait eu Ray Charles puis James Brown puis Otis et le label Stax. 

Un mois après sa disparition sortait la plus belle chanson de tous les temps : (Sittin’On) The Dock of the Bay. Quelques notes de basse sous le ressac des vagues, un va et vient de bateaux, un homme loin de chez lui qui, mains dans les poches, s’éloigne en sifflotant à contre-jour du soleil couchant. Je me suis assis sur le Waldo Pier de Sausalito, là où furent griffonnés les premiers mots de ce titre. J’ai parlé d’Otis avec Willie Mitchell ( « C’était une armoire à glace qui pouvait engloutir dix cuisses de poulet par jour »). J’ai sur mon bureau une brique des anciens studios Stax (avec certificat d’authenticité !). Victor Boudreaux, héros récurrent de mes polars possède l’intégrale de Stax et cultive la nostalgie jusqu’à faire partie des membres bienfaiteurs de la fondation. Comme un deuil jamais fait. Où un inépuisable héritage.

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