Jack White, pas tout seul




C'est complexe l'art

Dans son bouquin sur Zeppelin, François Bon se demande ce qui fait que parmi tous les gamins qui gratouillent une guitare il y en ai un, de temps en temps, qui devienne Jimmy Page. Alors il cherche les connections, les rencontres... Il découvre comment Mick Jager a eu affaire un prêtre pédophile qui lui a appris à chanter. Beaucoup de choses rentrent en ligne de compte... que se serait-il passé si les classes d'art mises en place en Angleterre après la guerre n'avaient pas existé ? Comment se seraient rencontrés les Beatles ? les Rolling Stones ?

Jack White et moi nous avons le même âge à 10 mois près. Malgré toute cette flotte qui sépare l'Europe de l'Amérique du Nord, nous avons sûrement écouté les mêmes musiques et vibré sur ces vieux trucs de blues découverts au travers du rock de Led Zeppelin. Nous avons imaginé pas mal de choses sur les paroles de Bob Dylan. Il y a sûrement quelque chose qui passe par là...


Time They Are A Changing

L'industrie musicale a changé : dans le poste, dans les magazines et à la télévision les nouveaux héros du rock passent vite, noyés par le nombre et un système de distribuition/diffusion qui ne suit plus vraiment les groupes ; et puis il y a les vieux, aussi, qui ne veulent pas lâcher la rampe. Si à l'heure actuelle il est plus facile de produire, il est aussi plus difficile de trouver son public et de le construire. Et le public s'il n'a pas trouvé les bons passeurs, lui, se retrouve vite noyé dans le flux continu des nouveautés et des modes qu'il faut changer tous les 6 mois.

C'est Caroline qui m'a emmené à mon premier concert avec Jack White, c'était avec les Dead Weather au Bataclan à Paris. On est ressortis de là en sueur et comblés. Sûrement le meilleur concert que j'ai vu et entendu. Il se passe quelque chose de magique quand Jack prend une guitare et qu'il commence à chanter.


Un moine ?

J'avais toujours reproché à Jack White de ne pas avoir une voix extra-ordinaire (même s'il sait très bien s'en servir et qu'il prend des risques avec), et puis il y a autre chose qui jouait : au départ je croyais à une certaine absence de charisme... il n'avait pas d'auréole. Vous voyez ce que je veux dire ? Ce truc qui émane de Bob Dylan, Calvin Russel, Nina Hagen, Jim Morrisson, Lou Reed ou David Bowie. Ensuite ce que je pensais être un manque de charisme, s'est mué, pour moi, en ascetisme. Je me suis dit que c'était peut-être un refus de jouer le jeu un peu puéril de la rock star et de la légende. Jack White ne rentrait pas dans la catégorie des drogués, des losers, des nonchalents, des génies ou des politiques... Jack White ne semble être intéressé que par la musique. Comme si toutes les constructions rock, toutes ses légendes reprises en choeur par les magazines de musique, les hagiographies et les fans, pesaient trop lourd. Jack White, en fait, c'est un peu comme un rock adulte, la musique avant l'image. 


Blunderbuss : du bleu, du blanc, du noir

C'est un terme étrange et doux à l'oreille qui a plusieurs significations. Il peut se traduire en français par "tromblon" ou définir quelque chose de gauche, de malhabile. Les chansons tourent autour de la solitude, la séparation, l'adolescence, la justice et la liberté... Il faut dire aussi que Blunderbuss est un album de blues.



Jack White, Blunderbuss, Third Man, XL Recording, 2012.

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