Remington de Joseph Incardona


Le sens des mots, on le considère souvent comme acquis ; une variante passe à la trappe et l'imagination s'en trouve restreinte. Démonstration par Joseph Incardona.

Matteo Greco, un nom chantant pour un jeune homme de 28 ans, ancien étudiant en cinéma, actuel chômeur. Une vie au dernier étage sous mansarde avec un chat, Basile, et un petit boulot dans une boîte de sécurité. Projet de vie : romancier. Méthode : écrire des nouvelles à base de faits divers, atelier d’écriture, footing, boxe et jus d’orange.

« J’ai vu la vaisselle sur l’égouttoir, la gazinière, le chèque de la comtesse aimanté sur le frigo, mon chat couché sur la chaise du petit balcon, et moi qui le regardais. Un instant, comme ça, je me suis dit que tout allait très bien ensemble. Une jolie nature morte qui ne menait nulle part. »

Voilà un peu la vie de Matteo. Jeune, grave et déterminé plutôt qu’insouciant. Un homme dans une société pas très accueillante. Une solitude. Une réflexion sur l’écriture et le monde littéraire. Une histoire d'obsession et d'ambition. Un sacré roman noir qui met du temps à se révéler et prend corps sur la toute fin. Genre dégringolade. L’expression « ne rien laisser au hasard » prend ici tout son sens, à l'image du titre. Vous serez bien, en compagnie de Léo Malet, Chandler, Scorsese, Pacino, Taxi Driver, FX Toole, Manchette, ADG qui vient de mourir et Larry Brown aussi. Y’aura Glenn Miller, et Christophe qui chante Succès fou comme un écho à la terrible histoire d'amour de Matteo. Et quand on croise du rap : « Tempo de rap et une voix gutturale par-dessus, cette voix identique, toujours la même, formatée en banlieue, mixée au studio Machin, échouant dans les bacs des Mégastores. »

L'auteur suisse Joseph Incardona livre avec Remington son troisième roman. Comme il anime des ateliers d'écriture, j'avais un peu peur de trouver un style ampoulé. Erreur. Il ne s'embarrasse pas d'artifices et quand il dresse un portrait, quelques détails bien sentis viennent éclairer la psychologie mieux que de longs atermoiements. Cette lecture a été une belle surprise. Croisé lors de La Fureur du Noir à Lamballe, il me disait qu'un court roman va bientôt sortir aux éditions Finitude, que Pocket ressort Banana Spleen, et qu'un autre roman est en prévision... À suivre donc.

Joseph Incardona, Remington, Fayard, 2008, 19 euros, 316 p.

Commentaires

  1. Lu à sa sortie après de bonnes critiques sur le net. Oui très bon livre. C'est vraie que la fin est extrême et radicale.
    Franck

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