L'aiguille dans la botte de foin, Ernesto Mallo


« Leurs lointains descendants ont fait fortune en s’appropriant les terres vacantes prenant la campagne du désert du général Roca. Aujourd’hui comme hier, les forces armées sont là pour garantir un principe inamovible : défendre le bien, c’est défendre les biens. »

Et dans les années 70 en Argentine, l’armée ne fait pas que défendre la propriété... Dans ce roman le contexte politique est une toile de fond, Mallo n’attaque pas de front. Son personnage de flic veuf, Lascano, surnommé El Perro, est un de ces acharnés du boulot, droit dans ses bottes qui ne claquent pas aux ordres. Pendant que l’armée zigouille, lui tente de mener ses enquêtes jusqu’au bout, quelle que soit la personne qui s’y trouve. Encore une fois c’est la qualité de l’écriture qui fait toute la saveur du roman. Toute la différence avec des platitudes mille fois lues. Mallo utilise le présent, instille la force et la vie, et puis ses dialogues bien dosés sont mis en valeur par un choix formel : aucun tiret, tout en italique et en enfilade. On ne sait pas qui parle, on le devine.

L’aiguille dans la botte de foin raconte la fidélité aux principes, l’intégrité. Pour Lascano bien sûr - fidélité à son travail mais aussi à sa femme disparue parce qu’il en rencontre une qui la lui rappelle terriblement - et aussi pour les autres personnages de l’histoire. Son pote le médecin légiste, un juge, un prêteur sur gages juifs et son frère, un homme d’affaires sur le déclin... Mallo colle au plus près de la mentalité des uns et des autres, leurs manies, leurs obsessions. L’aiguille dans la botte de foin s’achève comme un digne roman noir, triste et brutal, mais avec une note d’espoir : un représentant de la jeune génération viendra toujours jouer le grain de sable dans le rouage. Nous sommes presque sauvés.

Je regrette qu'un si bon roman - tout comme La fille de Carnegie de Stéphane Michaka - sorte directement au format poche. Son prix est certes plus abordable, mais il ne bénéficie pas de la mise en avant et de la visibilité réservées aux nouveautés.

Ernesto Mallo, L'aiguille dans la botte de foin, Rivages/Noir, 2009, 8 euros, 256p.

Commentaires

  1. Merci Caroline, et merci a Olivier Hamilton par une traduction formidable.

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  2. Claro que si ! Esperando la proxima traduccion...

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