Fractures de Franck Thilliez


Après L’anneau de Moebius paru en octobre 2008, revoici Franck Thilliez avec son nouveau roman, Fractures. D’entrée de jeu, je me demande si on ne lui presse pas trop le citron, à Franck Thilliez, à lui faire sortir un roman tous les ans. Attention à la saturation, et au vite fait... Car autant L’anneau de Moebius m’avait semblé mal écrit, mais au moins bénéficiait d’une histoire prenante, autant Fractures arrache des grimaces sur pas mal de phrases, et affiche un scénario prévisible.

Il est très probable que La chambre des morts et L’anneau de Moebius, les deux romans de Thilliez qui m’ont plu, soient finalement tout aussi mauvais que Fractures en terme de construction scénaristique. J'ai parfois vite fait de me laisser prendre à une histoire dès lors qu’elle use de mécanismes faciles pour capturer le lecteur : courts chapitres, un peu de suspens à la fin de chacun, des personnages aux traits grossiers, des sensations fortes (hémoglobine, violence, sexe, enfance...) Une fois de temps en temps, pourquoi pas. Après tout, lire des chef-d’oeuvres tous les jours ce n’est pas un but en soi.

Mais enfin quand même, que dire de telles phrases :
« (...) sa vessie a donné plusieurs fois de la chaleur à ses cuisses » (il s’est pissé dessus, tout simplement)
« Claude sait que le mal existe. Il l’a vu, à visage découvert. Sans fard, sans artifices » (on entend presque les roulements de tambours)
« Tout semble tellement simple en apparence. Tout est tellement compliqué en réalité. » (de la concurrence pour les proverbes bouddhistes)

Côté narration, impossible de passer à côté de l’histoire. L’auteur vous explique tout, les sentiments, les émotions, les pensées, les envies... Les tripes des personnages sont étalées là sous vos yeux, vous savez quand il faut avoir peur, angoisser ou être ému. Ça manque de suggestif. Bien sûr, tous les éléments ne sont pas donnés, il faut bien ménager des rebondissements et un certain questionnement. Il repose ici sur une jeune femme qui manifeste de sérieux troubles de la mémoire, allant jusqu’aux trous noirs. On sent l’ambiance familiale lourde. Face à elle, son psy, une assistante sociale, un jeune homme membre d’une association d’aide aux sans-papiers, et un mystérieux catatonique retrouvé sur le bord de la route. La toile est tissée, les points se relient petit à petit. Le thème des personnalités multiples se devine très tôt (et pourtant je suis bon public – ou bien est-ce parce que j’ai lu Les 1001 vies de Billy Milligan, à préférer sur un sujet identique) et le roman se termine par une surdose d’explications, dès fois que le lecteur manquerait d’imagination pour combler les blancs tout seul.

Franck Thilliez, Fractures, Le Passage, 2009, 21 euros 50, 375p.

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