La complicité de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda. 15 ans après / 15 questions pour comprendre, L'Harmattan, 2009


"Quinze ans après, c'est une manière de rappeler que la complicité française dans le génocide des Tutsi ne doit pas être reléguée aux oubliettes de l'Histoire. Que la poursuite des enquêtes, l'information des citoyens, leur mobilisation, l'interpellation de nos responsables politiques, sont primordiales pour l'honneur de notre pays. Tant que la complicité de la France dans le génocide des Tutsi du Rwanda qui fait partie, qu'on le veuille ou non, de l'histoire de la Vème République, ne sera pas reconnue et abordée de front, il conviendra de la rappeler. Pour que cela ne puisse plus se reproduire."

Ce livre qui propose 15 réponses à 15 questions sur le génocide qui s'est déroulé au Rwanda a été rédigé par l'association Survie qui milite pour une réforme de la politique de la France en Afrique : Survie est une association (loi 1901) qui mène des campagnes d’information et d’interpellation des citoyens et des élus pour une réforme de la politique de la France en Afrique et des relations Nord-Sud. Elle fonde son action sur la légitimité qui incombe à chacun d’interpeller ses élus et d’exiger un contrôle réel des choix politiques dans tous les domaines (1). Le livre apporte un éclairage sur le rôle de la France - ses hommes politiques et son armée - pendant le génocide des Tutsi au Rwanda. Un éclairage là où les conversations de comptoir voient des ethnies ou des tribus qui se déchirent entres elles comme cela serait souvent le cas en Afrique... Ségolène Royal, par exemple, aura ces "petites phrases" très lourdes au sujet du Rwanda sur le plateau de France pour l'émission "L'Heure de Vérité" en 1994 : Il faut quand même rappeler que la politique africaine est toujours prise dans une contradiction. C'est à dire soit on conforte les pouvoirs en place parce qu'on se dit au moins c'est la stabilité, on évite les guerres ethniques ou les guerres tribales, soit on pousse à la démocratisation, on organise des élections, et qui débouchent souvent sur des conflits extrêmement violents (2). Le problème est bien sûr plus complexe et il vaut mieux se pencher dessus avant de donner un avis péremptoire. l'Association Survie propose une lecture, et des documents accablants, qui pourra faire suite à la lecture de La position du missionaire (Les Contrebandiers, 2004) de Jean Paul Jody ou à Déogratias (Aire Libre, 2000), la terrible bande dessinée de Jean Philippe Stassen.

La réponse à la question : "Pourquoi la France s'est-elle ainsi engagée au Rwanda ?" est particulièrement intéressante en matière de géopolitique et de compréhension des enjeux et luttes et d'analyse des "restes" de l'époque coloniale qui semble toujours jouer dans le néocolonialisme. On y apprend aussi la toute puissance du Chef de l'État - François Mitterand à l'époque - qui gère la "politique africaine" sans délibération du conseil des ministres, ni vote au Parlement, comme cela semble être la coutume dans la Vème République.

Le livre aborde aussi les positions de Pierre Péan, l'enquête du Juge Bruguière sur l'attentat du 6 Avril 1994 et la position des militaires français engagés au Rwanda. Une Association France Turquoise s'est constituée en réponse aux accusations portées contre la politique française et l'armée : L'association a pour objet de rassembler les militaires, anciens de l'Opération TURQUOISE au Rwanda (1994), mais aussi ceux des précédentes interventions militaires de la France dans ce pays, ainsi que les anciens coopérants (civils et militaires) et les sympathisants (civils et militaires) qui voudront se joindre à eux, autour des objectifs suivants : Défendre et promouvoir, par tous les moyens appropriés, la mémoire et l'honneur de l'armée française et des militaires français ayant servi au Rwanda. Participer, par tous les moyens appropriés, à l'établissement ou au rétablissement de la vérité sur l'action de l'armée française et des militaires français au Rwanda. Défendre et promouvoir, par tous les moyens appropriés, les intérêts moraux, juridiques et sociaux de ces militaires, de leurs familles et ayant droits (3). Ce sont là d'autres versions des faits - avec une grande focalisation sur l'attentat du 6 Avril 1994 - qui d'après Survie - et les éléments que l'association apportent - tiennent de la révision, voire de la négation dans certains cas, du génocide des Tutsi au Rwanda.

Quant à la réponse à la question "Quelle est l'attitude de la classe politique vis-à-vis du génocide et de l'implication française ?" voici des éléments : "La complicité des français dans le génocide reste un sujet tabou pour notre classe politique (...) La grande difficulté de la classe politique à regarder en face la vérité de l'implication française aux côtés du régime génocidaire rwandais et à étudier les faits en toute objectivité repose en partie sur le contexte très particulier de l'époque. Cette cohabitation entre un président de gauche et un gouvernement de droite, a scellé une improbable communauté de destin et un pacte de silence, toujours respecté, entre les décideurs de l'époque, appelés pour beaucoup à tenir les premiers rôles dans les gouvernements successifs jusqu'à nos jours." Au fil des pages on retrouve des noms connus : François Mitterrand, président de la France, Edouard Balladur premier ministre, Alain Juppé ministre des Affaires Étrangères, Dominique de Villepin secrétaire général du Quai d'Orsay, François Léotard ministre de la Défense, Bernard Debré ministre de la Coopération, Nicolas Sarkozy, ministre du Budget.

Le livre cite par endroit des déclarations du journaliste Patrick de Saint-Exupéry qui couvrait en 1994 les événements au Rwanda pour Le Figaro (4). Voici une de ses interventions télévisées sur TV5 Monde lors de l'émission 7 jours sur la planète.




Sur le sujet on pourra aussi consulter le site de la Commission d'Enquête Citoyenne : Un collectif de personnalités et de membres d'associations motivés par la volonté d'éclaircir la responsabilité de la France dans le génocide qui a été conduit au Rwanda en 1994(5). Parmi lesquelles on trouve des membres de l'association Survie.

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(1) reprise du texte "Qui sommes nous" sur le site de l'association : http://survie.org/-Une-association-militante-.html
(2) Vous pouvez visionner un extrait vidéo de l'émission sur Dailymotion : http://www.dailymotion.com/video/x1nbd5_segolene-royal-et-le-rwanda_politics
(3) reprise du texte "Qui sommes nous" sur le site de l'association : http://www.france-turquoise.fr/
(4) Patrick de Saint Éxupéry est aussi l'auteur du livre
Complices de l'inavouable. La France au Rwanda, édition des Arènes, 2009.
(5) Repris sur le texte de présentation du comminté de pilotage de la CEC : http://cec.rwanda.free.fr/

Commentaires

  1. me rappelle très bien ce sjuet abordé par Monsieur X sur France Inter et de l'aveuglement de la France... froid dans le dos

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  2. Una utre livre viens de paraître sur le sujet : "Silence Turquoise, Rawand 1992-1944 Responsabilités de l'État français dans le génocide des Tutsi" de Laure de Vulpian et Thierry Prungnaud aux éditions Don Quichotte.

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