Père & Fils de Larry Brown


Joe, Sale boulot, L’usine à lapins et maintenant Père & Fils, je poursuis sans déception mon chemin avec Larry Brown.

Père & Fils (titre pour une fois inchangé par rapport à la version originale, Father and Son) explore les liens entre deux familles. Il y a des pères et des fils, des fils qui sont aussi des pères, et des pères qui sont grand-pères, des femmes maîtresses et des maîtresses qui deviennent épouses.

Le roman n’a rien à voir avec une histoire généalogique ou une quelconque saga familiale. Il se promène aux côtés de Glen, tout juste sorti de prison, de son frère Puppy et de leur père Virgil. Dans cette petite ville du Sud des Etats-Unis où tout le monde se connaît, on croise aussi Bobby le shérif, leur copain d’enfance, et sa mère Mary ; un père qui pleure son fils écrasé sur la route ; des parents maltraitants ; d’autres qui perdent leur fils noyé ; une femme qui veut un père pour son fils. Larry Brown observe le lent cheminement des rapports humains et leurs conséquences. Glen sort de prison où son frère Puppy est venu le chercher. Son retour en ville va changer le cours des choses pour tout le monde. Rien de sensationnel, simplement inéluctable.

« Il ne fallait pas longtemps pour devenir vieux, et il se demanda où le temps avait filé. Comme la guerre. Elle semblait si loin dans le passé et pourtant si proche. Il ne lui semblait pas possible qu’autant de temps se soit écoulé et l’ait laissé comme ça. Tout ce qu’on croyait ne faire que demain était devenu ce qu’on avait à faire aujourd’hui. »

Larry Brown dit les choses simplement. Il prend son temps, s’attarde sur un plan de tomates ou une séance de pêche, et ces descriptions sous-entendent beaucoup. Des instants de vie, des scènes où rien n’est dévoilé. Dès le début, le lecteur ne fait que supposer les liens, le passif. Il sent qu’il y a eu un drame. La vérité émerge, sobrement, subtilement. Larry Brown met pour ça en relief juste ce qu’il faut, et c’est agréable. Rien de livré tout cuit dans le bec. On savoure, on apprécie les moments de lenteur, les déplacements, les rencontres, les occupations. Il faut d’ailleurs en profiter, car la tension s’abat sur les 50 dernières pages.
À l’image de la pluie qui tombe soudain, la vie de Glen et le mal qu’il provoque doivent trouver une issue. Son personnage attire tour à tour la sympathie, la pitié, la tristesse, la rage ou l’incompréhension du lecteur. Il incarne ce que jalousie, haine et mensonges peuvent détruire. Une fois encore il me semble que Larry Brown cherche à sonder le processus qui amène certains hommes à se détruire. Le résultat ne manque pas d’être parlant !

Je place Larry Brown tout en haut dans la bibliothèque (qui est en fait rangée par ordre alphabétique), un peu au-dessus de Michael Collins, et pas trop loin de Faulkner, qu'il faut que je découvre. Je vous rappelle que Larry Brown est mort en 2004 à l'âge de 53 ans, que donc le plaisir de le lire va toucher à sa fin, et qu'il est généralement classé parmi les "écrivains du Montana".

Larry Brown, Père & Fils, Gallimard La Noire, 1999, 373p.

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