Le creux de la vague, RL Stevenson


Trois Blancs sur une île, trois miséreux sur la plage à Papeete, le ventre vide sous les ondées tropicales, tels sont les personnages que l’on découvre au début du roman. Des êtres humains au plus bas de la dégringolade sociale : Herrick l’ancien employé médiocre, Davis l’ancien « loup de mer Yankee » et Huish lui aussi ex-employé de bureau.

"(...) Capitaine, juste un mot : pourquoi tous les pauvres gens ne sont-ils points voleurs de grands chemins ?
- Pas la moindre idée, dit le Capitaine.
- Ils doivent avoir le bien sacrément chevillé au corps, s’écria Herrick. Il y a là quelque chose qui me dépasse."

Une possibilité va s’offrir à eux : mener une goélette vers l’Australie et échapper à la mendicité. La cale du navire, dont « Capitaine, second, plus un homme d’équipage, tous morts de la petite vérole », est pleine de champagne de Californie qu’il faut livrer à bon port.

À partir de cette situation, les décisions des uns et des autres vont être intéressantes à observer. Chaque comportement nous en révèle un peu plus sur la moralité des protagonistes. On découvre les travers du capitaine Davis, la lâcheté d’Huish, et la tentative d’Herrick pour conserver un équilibre. L’imprévu viendra corser le tout, car la goélette va se perdre en mer. Les trois lascars partis pour gagner de l’or pour rentrer au pays se retrouvent ni plus ni moins qu’au purgatoire, un chemin de pénitence. Car la religion et la présence (ou terrible absence) de la foi et de Dieu tiennent une grande place dans cette histoire. Davis voit le salut en Jésus, Huish se laisse porter par les événements, Herrick est tourmenté par ses responsabilités.

"Je ne crois pas qu’il existe ici-bas la moindre formule qui me permettrait de soulever le fardeau pesant sur mes épaules. Je suis condamné à tituber jusqu’à la fin sous le poids de ma responsabilité ; je ne peux pas m’en décharger ; imaginez-vous que je m’y refuserais, si j’estimais cela possible ?"

Sur l’île le charisme d'un homme, Attwater « l’apôtre », comme il se surnomme, va exacerber les actes des trois pirates. L’affrontement humain devient religieux, et d’une histoire d’aventure en mer, ressortent les réactions de ces hommes face à des choix essentiels. Le tout mené par Stevenson qui échappe à tout manichéisme et laisse un roman qu'il faut sans aucun doute relire pour en apprécier tout le propos.

"Dans tout cela il n’y avait pas la moindre place pour Robert Herrick. Il avait épousé le creux de la vague dans les affaires des hommes, et la vague l’avait emporté au loin ; il entendait déjà mugir le maelström qui devait l’envoyer par le fond. Et dans son âme harcelée et déshonorée il n’y avait aucune place pour lui-même."

RL Stevenson, Le creux de la vague, Flammarion, 234p.

Commentaires

  1. J'ai lu pas mal Stevenson mais je ne connais pas celui-ci.

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  2. Et moi je n'en ai lu aucun autre, mais je sens que je vais continuer ! Un mort encombrant ou Le club du suicide me tentent bien, il paraît qu'ils sont pleins d'humour.

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