Bill Pronzini et Le crime de John Faith

A Wasteland of Strangers. On remarquera la différence (fréquente) entre le titre original et la traduction française. Le premier met en avant le thème de l’étranger, le deuxième celui du crime. Ce crime pouvant s’assimiler au fait d’être étranger.

Dans un style qui sans être remarquable n’en est pas moins précis et juste, Pronzini nous parle de la différence. Quand celle qui existe entre êtres humains provoque peur et rejet, les conséquences sont lourdes et semblent toujours surgir de nulle part. Dans cette histoire, chaque protagoniste est successivement narrateur. Ce procédé efficace met à jour la petitesse et l’étroitesse d’esprit des habitants d’une paisible bourgade réagissant à la venue d’un étranger. Ils représentent les différents courants qui animent notre société, du bien- pensant au farouche protecteur de l’innocence, qui elle ne demande pourtant qu’à vivre. Bêtise, cupidité, tous les travers de la petite communauté y passent. Le lecteur découvre le portrait du personnage principal par le biais des personnages périphériques et se trouve par là même amené à se poser les mêmes questions, à s’interroger sur le bien-fondé de sa curiosité.

Seules quelques femmes tenteront de lutter contre cette haine qui monte. Tout ça par la faute d’un homme un peu trop grand, un peu trop marqué par la vie, entre monstre terrorisant l’imaginaire et reflet d’un être cabossé par l’existence. John Faith réveille la part la plus primaire de chacun, et récolte la solitude qu’il cherchait tant à fuir.
Tension et sentiment d’injustice oppressent le lecteur tout au long de ce roman noir, poétique et allégorique. Un de ces livres auxquels on se surprend à repenser bien après l’avoir refermé. Et si l'on a pris goût aux histoires de Bill Pronzini, on peut poursuivre la découverte avec sa célèbre série mettant en scène le détective sans nom (plus d'une trentaine d'enquêtes), Nameless en anglais.

Bill Pronzini, Le crime de John Faith, Folio Policier, 2002, 8,10 euros, 430p.

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