Se faire plaisir

Deux romans qui ne mangent pas de pain comme on dit. Qui valent sur l'instant, pour un plaisir intense et fugace.


Kenneth Cook
, A coups redoublés, Autrement, 2008, 13 euros, 110 p.

Que l’ironie est bonne maniée avec finesse, quand l’humour se devine entre les lignes. Qu’il est bon de se demander ou une histoire nous mène et en quoi elle consiste au juste. Il ne faut pas se rater quand on écrit un roman très court. Le lecteur a moins le temps d’oublier les défauts et faiblesses. D’emblée dans A coups redoublés, la description des lieux et personnages fait effet. Un bar au bord de la mer ; Mick et Jenny le gérant et sa femme ; les jeunes et les poivrots qui y traînent. Sans oublier le chat Mol, élément capital de cette farce grinçante. Images justes et effet d’ironie mentionné précédemment. Sobriété du style pour aller droit à l’essentiel. On se retrouve très vite dans l’ambiance et l’histoire, qui consiste à comprendre le procès en cours, en revenant par flashbacks aux évènements qui ont mené à cette audience. Un procès hallucinant où les jurés doivent déterminer de manière tortueuse, s’il y a eu mort, et que le défunt était bien un être humain... Mais qui est mort au juste ? Et quel crime a été commis ?
Un scénario totalement absurde et réjouissant, d’où émerge accessoirement une peinture alcoolisée d’une population « dont le loisir dominical consiste à se joindre aux embouteillages pour sortir de la ville, à consommer de la bière pendant plusieurs heures dans une salle bondée puis, éméchés, à se joindre aux embouteillages dans le sens du retour. »



Christophe Dufossé, L'assassinat, Buchet Chastel, 2009, 13 euros, 137 p.

Sans doute l'auteur s'est fait plaisir, et peut-être est-ce un peu facile. Le lecteur, celui qui ouvrira ce livre, sera certainement convaincu d'avance. Il y a ce type qui se sent absent du monde, qui en a marre parce que "s'il n'acceptait pas ce qu'on lui proposait d'acheter, il deviendrait un rebut, un sous-homme à peine digne de vivre sur cette terre" ; cet homme veut agir et décide de tuer le président de la République. Fin de "l'ère carpette". Les évidences sont là, le constat ne sera pas partagé par tous, mais cette fiction est simplement plaisante à lire.

"On tuait autrefois pour obtenir le pouvoir. Aujourd’hui, le seul pouvoir dont cet homme pourrait s’emparer, c’est celui attribué par l’attention médiatique. Ironie du sort, il s’élèverait un instant à la hauteur de celui dont le règne vient d’abaisser la valeur politique pour la laisser surclasser par les médias. La boucle serait bouclée. Car quel autre moyen, sinon le coup de pistolet qui marque les esprits, terrorise le pouvoir, pourrait faire sortir les masses de leur léthargie ? Bien plus tard, comme pour Kennedy, on parlerait de complot, d’implication de plusieurs personnes. Même s’il a une famille, des enfants, peut-être des amis, cet homme ne dépend que de lui-même. Seul un acte d’une portée immense pourrait le relier encore aux autres. Les mêmes hommes qui attendent que quelqu’un le fasse, qu’un autre qu’eux-mêmes accepte cette tâche comme une épreuve personnelle, un défi à l’ordre des choses. Cet homme n’est finalement pas si seul."

Au jour d'aujourd'hui, il semble que Christophe Dufossé ait bien fait de préciser en avertissement que ce texte est une fiction...