Clément Milian se souvient de cet air

Clément Milian par Caroline de Benedetti
Clément Milian par Caroline de Benedetti

Clément Milian est écrivain et scénariste. Il se fait remarquer avec son premier roman Planète Vide, paru à la Série Noire chez Gallimard. Né à Nantes, Clément aime les t-shirts de musique extrême et vit à Paris. En ce début de mois de Mars il se souvient de cet air...

Une étude récente disait en substance qu'on est toujours plus sensible à ce qu'on a aimé adolescent, car c'est là que les choses marquent. Du coup, parler de ce qu'on aime, c'est parler de ce qu'on a aimé, et qui nous a pénétré l'âme à une période précise, faussement révolue. D'où la morale réflexe du : c'était mieux avant. 

J'ai envie comme tout le monde de citer mille chansons de mille groupes, mais j'irais donc direct à l'adolescent, le petit tas de chair et d'os nerveux qui grandit trop vite. L'adolescent, c'est celui qui découvre d'un coup le sexe, la tyrannie du cool et la sale société (mal) reproduite avec fierté par une horde de gamins partagés entre un besoin permanent d'excitation et un culte absolu de l'ennui. Au milieu de ce merdier, forcément, la musique importe. 

Le groupe qui symbolise le mieux pour moi cette époque (enfin, la mienne) est Nine Inch Nails, et plus précisément le morceau qui m'a fait découvrir le groupe : « Burn », de la bande originale de Tueurs nés d'Oliver Stone. Chef d'oeuvre de « métal industriel », Burn est un pur concentré de haine adolescente, magnifiquement naïf, agressif et sexuel. Le génie de Reznor, l'homme derrière le groupe, sera à partir de là d'ouvrir pour moi (et beaucoup d'autres) toutes les portes futures : en citant ses références il me fait découvrir en vrac Clive Barker, les Talking Heads, Public Enemy, Steve Albini, la légendaire trilogie berlinoise de David Bowie, Coil, Fœtus, Gary Numan, David Lynch, David Fincher, enfin tout ce qu'il attire à lui s'avère passionnant. Reznor, à travers son Burn, me fait donc devenir adulte... 

Le malotru aura le bon goût de bien vieillir. Au lieu de finir en vieux métalleux défraîchi, il s'alliera à l'excellent Atticus Ross pour enchaîner toute une série de bandes originales sublimes (The Social Network, The Girl with the dragon tattoo, The Vietnam War_), à mi-chemin de Eric Satie, John Cage, Autechre et Brian Eno. L'avantage d'un Reznor, c'est qu'il est une éponge, une galaxie en lui-même, toujours le premier à partager ses influences : du coup, un véritable passeur. Pour un ado, c'est une mine d'or qui s'ouvre d'un coup... Tout cela à cause d'un Burn, morceau rock plein de haine composé pour un de ces nombreux films de tueurs en série des années 90... sous-genre par excellence du film noir... duquel le bon Reznor deviendra le grand représentant comme il signera aussi partie de la bande originale du Lost Highway de David Lynch et le générique du  Seven de David Fincher !

Grands Dieux ! Que de temps a passé ! 

A mes 15 ans et à leur sublime connerie !



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