Opération Aphrodite, Gérard Manset

Manset Opération Aphrodite


Le timbre de Gérard Manset a vieilli. Depuis l'album Le langage oublié, son ton s'est fait plus rocailleux, voire guttural et il ne peut plus monter dans les aigus comme au temps de Comme un guerrier. Et nos oreilles gardent en mémoire la chanson Quand on perd un ami où sa voix se brise en parfait accord avec le propos.

"Odyseus errait un jour..."


Dans Opération Aphrodite Manset s'enfonce dans certains propos réactionnaires tournant autour de l'âge d'or, de la nostalgie et d'un passé où chacun se tenait à sa place (thème déjà croisé dans Jadis et Naguère...), il va jusqu'à demander à César de remettre un peu d'ordre dans nos sociétés modernes. On le sait depuis une émission sur France Inter où il répond à quelques questions, Gérard est plutôt élitiste, il est contre le suffrage universel et sûrement contre le monde moderne. Parce que chez Manset ce n'est pas un mystère "l'époque est à vomir". Cela ne l'empêche pas de se frotter aux moyens d'expression actuels, son slam lancinant (dont il a très bien saisi le principe et la versification) Comme un arbre ses fruits est un bon exemple de cette faculté d'adaptation. Un morceau comme Landicotal avec ses boucles est un autre exemple. Bref, Gérard craque un peu par-ci par-là s'enferrant dans quelques travers plus ou moins agaçants mais qui font aussi partie de son inimitable style de poète rock nostalgique.

"Je ne comprends jamais les allégories. Explique-moi bien aimé, qu'est-ce que cela veut dire ?"


L'album dépeint des tableaux oniriques, un télescopage de textes où des extraits d'Aphrodite de Pierre Louÿs servent de fil d'Ariane. Onirique ne veut pas dire que tout est rose, loin de là. Un titre comme Que t'ont-t'ils fait ne sera pas rappeler la puissance de Fauvette.
Les paroles - marier Boudha et Kouchner dans une même chanson tout de même... - sont moins immédiatement puissantes que d'habitude et le disque ne contient aucun refrain marquant. La poésie de Manset reste la même, étrange mélange d'images, de vers et de jeux de mots parfois faussement naïfs, rock à la manière anglo saxonne) elle est juste moins évidente que d'habitude. Il faudra plusieurs écoutes, même au fan de Manset avant que la magie n'émerge au détour de quelques vers, de quelques notes de saxophone, d'un rythme. Pour ma part j'ai abandonné l'album après deux écoutes avant de le reprendre sérieusement un an et six mois plus tard.

Les albums de Manset ont parfois un son brut (voire proche de la démo pour certains). Cet album est bien produit avec de bonnes surprises dans les invités : le luthiste et flûtiste Kamel Labbaci, le saxophoniste Vincent Chavagnac, le trompettiste Eric Mula et la lectrice Chloé Stefani en plus des musiciens qui l'accompagnent parfois depuis plus de 35 ans lors des enregistrements studios.

"Mon ami ma soeur songe à la douceur."


L'enchantement du passé, le voyage, l'enfance... tout cela se retrouve dans les illustrations d'Opération Aphrodite signées René Brantonne illustrateur de la collection Anticipation (période Fusée) des éditions Fleuve Noir. Le propos du disque ne colle pas au premier abord à ces dessins. Et puis à bien y regarder tout s'assemble, jusqu'à la dernière image du livret avec cet homme au milieu des ruines technologiques tirée de l'illustration de Terminus 1 de Stefan Wul (oui, le Stephen Wul du livre Niourk) chacune des illustrations donne un éclairage sur chacune des chansons.

Manset laisse des albums comme des livres, il ne se produit pas en concert, ses chansons sont faites pour être réécoutées. Ne vous privez pas de faire de même avec celui-ci, surtout s'il ne vous a pas conquis dès le début... il se peut que cela fonctionne.




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