Corrette, Les délices de la solitude, Brilliant Classics, 2016


Michel Corrette (1707 - 1795) avait un père organiste et un grand-père danseur ; c'était alors l'époque de Voltaire et Rousseau, de l'Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut de l'abbé Prévost et, un peu plus tard, des Liaisons dangereuses de Laclos. En musique il y avait, rien qu'en France, Rameau, Couperin et Leclair...
Vivaldi, Bach et Handel étaient à leur apogée au temps de la jeunesse et de la maturité de Michel Corrette ; Mozart meurt trois ans avant lui. Son siècle verra aussi s'épanouir Carl Philip Emmanuel Bach et Gluck. Le compositeur français a connu les règnes de Louis XV et Louis XVI ainsi que les premières années de la Révolution française.

En 1720, Michel Corrette quitte Rouen pour suivre les traces de son père organiste mais dans une autre ville, Paris, où il va vivre de sa musique. Il publiera de nombreuses méthodes instrumentales, des oeuvres et organisera des concerts chez lui ; on dit qu'il y faisait chanter sa bonne ainsi que ses élèves les plus doués. À Paris, il occupe simultanément des postes importants pour l'Église et la noblesse : titulaire dès 1726 de Sainte-Marie-Magdeleine en la Cité, il travaille aussi à Sainte Marie du Temple de 1737 à 1791, en 1733 il est chef d'orchestre dans les foires de Paris, organiste du Grand Prieur de France en 1737, organiste des Jésuites de 1738 à 1754,  puis du Prince de Condé en 1759 et du duc d'Angoulême de 1780 à 1783... Corrette a de quoi s'occuper.

Les 6 sonates qui composent l'opus 20 Les délices de la solitude sous-titre : sonates pour le violoncelle, la viole ou le basson avec la basse continue sont éditées à Paris en 1739. C'est une plaisante solitude que ces sonates décrivent, une solitude gaie sans être guillerette. La viole de gambe règne en reine sur les compositions, l'orgue et le clavecin font la basse continue et le basson vient en contrepoint ; le tout forme un agréable flot qui jamais ne heurte l'oreille. Il y a peu lors d'une soirée berlinoise et en bonne compagnie nous étions arrivés à cette conclusion : Bach c'est l'eau. Je pensais alors à la Messe en Si et aux 6 suites pour violoncelle seul, cette comparaison peut se tenir avec les sonates de Corrette, ce serait alors tour à tour un ruisseau de sous bois et une rivière qui traverse de paisibles paysages connus.

Une toile de Jean Siméon Chardin illustre le disque paru chez Brilliant Classics, un jeune homme y bâti un château de cartes, la solitude permet ce genre de choses : se laisser aller à des pensées fugaces, des constructions anodines et sans lendemains ; des paysages intérieurs que nous sommes les seuls à contempler. Un parfum de Marivaux pourrait planer sur ce disque si Marivaux avait écrit sur la solitude.

L'Opera Prima Ensemble dirigé par Cristiano Contadin avait déjà enregistré les oeuvres de Telemann pour viole de gambe (coffret 5CD) sur le même label en 2015. Pour ma part rien à redire sur l'interprétation, on l'a dit ça coule comme de l'eau, il ne reste plus qu'à vous laisser porter.

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