Whiplash (Damien Chazelle, 2014)


Pour épater le gogo, rien de tel qu'un solo de batterie... je ne sais plus qui disait cela, Art Blakey ? Charlie Parker ? Charles Mingus ? Alors, Whiplash ou la fossilisation du jazz ? Whiplash ou l'élève et le maître ?


Une morale puante
Le cinéma est souvent moral, il y a une morale,  un problème est posé et il va y avoir une résolution morale. Là, un adolescent qui veut devenir batteur de jazz est confronté aux méthodes humiliantes et violentes d'un professeur d'une école de jazz. Un des élèves de ce professeur devenu jazzman finira d'ailleurs par se suicider. L'éducation repose ici sur l'humiliation, la compétition et le fait de repousser l'autre dans ses retranchements pour révéler le génie. Le professeur en fait des tonnes dans ce registre là. Le film aussi au final, notamment sur le plan formel, à coups d'images classiques de sueur sur la cymbale et de sang sur la batterie. Le final (la morale) finit par donner raison à ce parcours éducatif. L'élève va se surpasser sous la baguette du maître dans un (enfin ce que le film présente comme) super solo de batterie. Une morale assez puante.

Une problème de taille
Le problème c'est que le morceau de Caravan qui anime le final du film est plutôt tape à l'oeil et bourrin, pas très intéressant sur le plan musical. Mais on se souviendra que le professeur cite Wynton Marsalis comme grand nom du jazz... Les amateurs apprécieront. Wynton Marsalis c'est plutôt l'exemple d'un jazz institutionnel, propre et sans surprise cantonné dans les sentiers battus. On se demande si le réalisateur connait la musique, si le jazz n'est pas ici qu'un faire valoir ? 
Tout à son sujet "le maître et l'élève", nul doute que le réalisateur aurait pu transposer à la natation, aux échecs, à la boxe ou à la course hippique... et mettre plus avantageusement en avant la performance physique (du bourrin), le sacrifice et le surpassement de soit dans la douleur et la peine. Parce que là avec le jazz ça fonctionne moyennement.

Une deuxième lecture ?
Au final le produit de cette école de jazz semble être bien académique. Le professeur lui-même joue du piano dans un bar avec un groupe, il joue un jazz plan plan et sirupeux, sans grand intérêt. Le final du film est étrange, une des bases du jazz est l'improvisation et l'élève au moment où il doit jouer sans partition est incapable de faire quelque chose. Aucune improvisation possible alors que c'est une des bases de cette musique... S'il était  batteur de jazz il devrait se couler dans le morceau sans problème. Peut-être que le film dénonce le fait qu'avec des écoles de jazz rigides et des personnes qui suivent à la lettre la partition, on est en train de flinguer le jazz ? Peut-être qu'il dénonce cela à son corps défendant ?

Si on laisse le côté le jazz en s'intéressant un peu aux deux principaux personnages, il paraît clair que ce sont plutôt des personnages négatifs : le professeur est une espèce de GI à la Full Metal Jacket qui ment pour cacher les dégâts de son éducation (le jeune qui s'est suicidé) et l'élève finit aussi monomaniaque que le prof. Il est seul, sans amis, cherchant à éblouir le maître par la performance.



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