Les nombres, Viktor Pelevine, Alma éditeur, 2014


Le banquier Stopia est à Saint Petersbourg où il boit un cocktail B-52.


"Stopia sentit une sueur froide lui couvrir les mains. Il les essuya avec la nappe et appela la serveuse :
-L'addition s'il vous plait.
Elle posa sur la table une feuille grise. Selon son habitude Stopia parcouru les chiffres des yeux et vit sous le gentil "3, 40" l'indifférent "25, 0".
-Mademoiselle, dit-il, avec le "B-52", vous m'avez compté un "B-2", mais je ne l'ai même pas vu.
-C'est exact, dit la serveuse,. C'est notre cocktail invisible, notre marque maison. Il est visible uniquement dans l'addition. Sealth technology, vous connaissez ?
Comme cela lui arrivait souvent ces derniers temps, Stopia ne comprit pas si on se moquait de lui, ou s'il fallait le prendre pour argent comptant. Il ne connaissait pas les règles du lieu. C'était peut-être une farce pour les novices. Mais il était tout à fait possible que les tendances économiques du siècle numérique se fussent frayé un chemin dans le monde des recettes de boissons. Après tout, lui-même préparait dans sa banque des cocktails de ce type, mais avec un nombre de zéros bien plus importants. Fallait-il s'étonner ?"

Viktor Pelevine, Les Nombres, Alma éditeur, 2014 (traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain).

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