Dominique Forma se souvient de cet air


Dominique Forma est scénariste, réalisateur (si vous n'avez pas encore vu La loi des armes essayez de vous le procurer), photographe, amateur de musique... et écrivain (dernier roman paru : Hollywood Zéro). En ce dimanche matin, il se souvient de cet air...


En 1972, l’été, il faisait chaud. Du moins à Londres où je passais quelques semaines. Je ne me souviens pas du cadre scolaire, ni des gens qui m’ont accueilli.
Je me souviens surtout d’avoir acheté Cinema X, la revue bien nommée, dans laquelle je découvrais ce qui ferait mon éducation cinématographique des années 70.
T Rex passait à Top of the Pops.
On évoquait Marc Bolan, comme le successeur des Beatles. La Trexmania avait remplacé la Beatlemania.
Trois mois plus tard, d’anciens (faux) skins revisités Glam Rock prolo énerveraient la presse qui, dans un même élan manquant d’imagination, parlerait alors de Slademania.
Ils auraient tous raison et faux en même temps.
David Bowie, l’ancien mod, tout comme Marc Bolan, son ami, ramasserait tous les prix d’excellence et dicterait les règles de conduite musicales jusqu’en 1978.

Mais tout cela n’avait pas d’importance alors, pour le gamin que j’étais.
Cinema X dans une main, ouvert aux pages consacrées au film Les Diables de Ken Russel, j’achetais une compilation double album du Velvet Underground.
Rien, jamais, ne serait pour personne, plus pareil. Ceux qui n’y comprennent rien en subiraient tout autant les conséquences.
Je me souviens de cette pochette Warholienne, où une bouche, forcement obscène, libérait des bulles de gaz après avoir bu du coca.
La beauté des poubelles. Le style du début des années 70.
Et celui de Andy Warhol et de ses camarades de jeu, au sein desquels, pointait la tête d’un jeune type aux joues creuses, portant des lunettes noires (je voulais les mêmes, je les trouverais en 76 aux Halles), un juif New yorkais de banlieue.
Lou Reed.
Elvis avait libéré les corps, Lou Reed réveilla les crânes.




En rentrant en banlieue parisienne, cette double compilation devint et resta la référence musicale qui séparait les gens à qui je parlais de ceux que je refusais de fréquenter.
Je me souviens de Waiting for the man.
Sans en comprendre les paroles, à part cette histoire de 26 dollars dans la main.
Lou Reed évoquait-il l’achat de drogue ou un prostitué mâle louant ses services ?
Les belles questions qu’on pouvait se poser à 14 ans durant le début des années 70.
En tout cas, il y avait une forme d’urgence et d’exigence dans ces chansons, dans Waiting for the man particulièrement, qui m’amena à lire Huyssmans et à fréquenter assidument les cinés pornos trois ans plus tard.


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