Jean-Marie Garniel se souvient de cet air


Jean-Marie Garniel grand amateur de science fiction collabore au magazine Présences d'Esprits. En ce dimanche de Décembre il se souvient d'un concert made in England...



Eté 1996, cela fait deux semaines que je suis arrivé à Londres, et je commence vraiment à le regretter. Je suis venu ici pour bosser. J’étais prêt à accepter n’importe quoi pour me barrer de Rezé. Mais maintenant, les potes, la famille et le quartier me manquent comme ce n’est pas possible. Je ne parle pas l’anglais et ça me rend complètement parano. Au taf, j’ai l’impression que les collègues se foutent de ma gueule à longueur de journée. Dans la rue je suis paumé et demander mon chemin relève du parcours du combattant, et je ne parle même pas d’aller acheter un paquet de clopes. Pour couronner le tout, le français qui m’héberge écoute du Guns n’ Roses à longueur de temps. Moi le seul cocktail que je supporte alors, c’est le rhum&weed de Cypress Hill. Bref, c’est la merde. 

Ce dimanche là, je feuillette le Time Out. A la télé c’est les J.O d’Atlanta. Axl Rose gueule dans l’appart. Je parle pas l’anglais mais le « Misty and Roots live at London Astoria » me pique. Je connais le groupe de nom, un pote a dû m’en parler en France. Le concert est ce soir, alors je demande à mon hôte si Charing Cross est loin de chez nous. Une heure de bus et de métro ! Putain, cette ville est trop grande. Mais bon, j’arrive à le décider. Quelques heures plus tard, nous sommes en route pour Astoria. 

En rentrant dans la salle. J’ai mon premier choc. L’endroit est magnifique. La scène tout en bois. Le bar sous une alcôve. Un vieux rasta est assis sur une chaise de camping avec à ses pieds un sac en plastique remplit de ganja. Les gens font la queue pour acheter un peu de weed. J’attends mon tour, tranquillement. La lumière s’éteint peu de temps après. Les musiciens arrivent acclamés par le public. Ils sont sept et commencent à jouer Poor and Needy. Tout le monde danse dans tous les sens en se laissant porter par les bonnes vibes. L’ambiance est chaleureuse. La voix du chanteur est suave et colle parfaitement au rythme lancinant du reggae. Je ne comprends pas encore le message et sa portée politique. Je suis juste hypnotisé par Misty and roots qui va jouer pendant deux heures. J’en ressors mystifié. Quelque mois plus tard je déménagerai à Brixton, à deux pas du Brixton Market et de ses disquaires. Je viens de tomber amoureux d’une ville.


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