Patrick Foulhoux se souvient de cet air...

Patrick Foulhoux (©Jean-Charles Belmont)

Patrick Foulhoux est journaliste rock spécialisé dans les styles réputés à la marge. il a travaillé pour de nombreux magazines français et étrangers (Rolling Stone, Punk Rawk, Violence, Dig It, Rock Sound,Kérosène, Abus Dangereux, X-Rock, Velvet, Rock One, Maximumrocknroll, Kick Out The Jams, etc.).

Directeur artistique de Spliff Records, organisateur de concerts, tourneur, manager, président du festival
Les Volcaniques de Mars, label manager de Pyromane Records, conférencier, auteur et même pire, chanteur et guitariste (Waterguns, Shit For Brains, Howl’ Bee Gas Howl’, Sorry Wrong Number).
Une souscription est lancée pour la parution de son livre Une histoire du rock à Clermont-Ferrand, 50 ans de bruits défendus à Bib City qui va être publié sous l'égide de la maison d'édition Un, Deux… Quatre. Le livre est une galerie de portraits d'une centaine de figures locales qui donne au final une étude sociologique transposable partout en France puisqu'on retrouve des évènements marquants qui ont influé sur le cours de l'histoire : mai 68, l'arrivée du punk, la fête de la musique, les radios libres, les premières mini-jupes, l'influence des curés dans les quartiers, comment les musiciens gagnaient leur vie avant l'intermittence du spectacle, l'incidence des échanges scolaires dans les années 60, les bourses aux musiciens, l'incidence des salles institutionnelles sur le tissu associatif, etc.

Et maintenant place au souvenir musical de Patrick...

Sachant que les Doughboys passaient à Balthazar, le célèbre club rock de Bitord-City dans le Puy-de-Dôme, sous-préfecture accessoirement réputée pour sa coutellerie, j’ai jeté une oreille sur leur premier album chez mon dealer de vinyles attitré. Album sorti en 87 à l’origine et réédité par Closer Records en France en 89. Tout ce que sortait Closer Records, on achetait sans poser de question. 
J’allais voir le concert de toute façon puisque c’est à Balthazar, mon arche de Noé. 
Première écoute, première châtaigne.
C’est quoi ce machin ? J’emporte le disque avec moi. Je pose Whatever sur l’établi. Je prends les mesures pour voir dans quelle pièce il va rentrer. Il rejoint les post-punk-hardcoreux mélodiques américains portant des bretelles Byrds / Beatles et vouant un culte à un des groupes les plus importants de la musique blanche américaine, Hüsker Dü. 
Les Pixies, qui doivent tout à Hüsker Dü, sont les premiers à avoir connu le succès dans le style avant que ne déferle la vague sur les USA pendant une quinzaine d’années pour donner des choses qui allaient de miraculeuses (Jawbreaker, Samiam, Jimmy Eat World, Promise Ring, Get Up Kids, Foo Fighters, etc.) à effrayantes parmi lesquelles certaines ont vendu des millions d’albums et rempli des stades ! 
Whatever débute par “Tradition”, une comète. 
Premières notes. J’ai les poils qui se dressent et les larmes qui montent. Vingt-cinq ans plus tard, elle produit toujours le même effet. 
Comment est-ce possible un machin pareil ?

Je me précipite à Balthazar. Les Canadiens se présentent sur la scène à-même le sol, deux mètres sous plafond. Jeans déchirés et dreadlocks jusqu’au cul. 
J’ai vu ce soir-là un des trois meilleurs concerts de toute ma vie (à ce jour). Les quatre garçons n’avaient jamais les pieds au sol. Ils sautaient en permanence en pliant les jambes sous eux pour ne pas s’écraser la tête au plafond. Leurs tignasses faisant office d’hair-bag au cas où. 
Au premier accord de “Tradition”, je me suis mis en apnée, j’étais en apesanteur, plus rien n’existait autour, plus personne. Le monde s’effondrait que je ne m’en serais pas aperçu. Cette chanson a des pouvoirs bénéfiques et des vertus apaisantes sur mon organisme. C’est mon sérum physiologique. Elle me prouve que je suis vivant.




Ce concert a profondément changé ma conception de la musique. J’ai pris pour habitude de dire que les Doughboys était le plus grand groupe du monde depuis ce jour. Ça a marqué les esprits. On me l’a longtemps rappelé par la suite. Sous-entendu, après les Stooges qui restent le groupe ultime, mais c’est une autre histoire.
J’ai revu les Doughboys l’année suivante en 90, à l’ENTPE à Villeurbanne où là, ils commençaient à pencher du côté qui allait les faire tomber, leur tendresse pour les Kiss les perdra. Je les ai revus au Transbordeur à Lyon le 29 mars 94 en première partie de Therapy? à l’occasion d’une tournée mondiale commune et qui sera la dernière pour les Doughboys. C’était la fin, ils viraient Def Leppard. Il n’y eût que moi pour apprécier la prestation malgré le naufrage évident devant un Transbordeur plein à craquer. 
J’ai interviewé John Kastner, le chanteur, à l’occasion de ce concert pour le magazine Punk Rawk me semble-t-il. Ou Rock Sound, je ne me souviens plus. Interviewer un Québécois anglophone, c’est une aventure. Le Québécois francophone a un accent. Imagine l’Anglophone…
Je porte toujours un regard bienveillant sur ce que fait John Kastner même si aujourd’hui, il est plus souvent en photo dans la presse people américaine au bras de sa femme, l’actrice canadienne Nicole de Boer, que dans les magazines musicaux. 
Il reste pour moi un des plus grands mélodistes de la pop américaine, toutes tendances confondues !
Amen.



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