Jacques Bertin, La jeune fille blonde


Jacques Bertin fait partie de ces auteurs compositeurs interprètes que l'industrie du disque, et dans sa foulée les médias, ignorent. La réciproque fonctionne aussi. Il en va ainsi de l'un des personnages majeurs de la chanson française. Peu importe, le temps est là qui fait son oeuvre et les tâcherons de l'industrie sont vite oubliés, remplacés par d'autres. Mais prenons garde tout de même à laisser assez de traces pour que ce que nous aimons ne disparaisse pas complètement.

Dernièrement Caroline m'a emmené à la Librairie l'Odyssée (Vallet) écouter / voir un récital de Bertin et c'est toujours un événement de savoir que l'on va être transporté. Un peu plus d'une heure et demie, ailleurs et pourtant si proche. J'en aurais bien repris le double, voire le triple après ce petit Muscadet offert pas les libraires, et je n'étais pas le seul.

Il y a peu Frédérick Houdaer écrivait dans L'Indic n°13 que la série Deadwood n'était que pour quelques-uns. Bertin c'est pareil. Nous sommes quelques-uns ou quelques-unes qui se reconnaissent d'un mot, d'un signe.

Mais c'est un club ouvert... et tout amateur de chanson française peut s'y retrouver. Toute personne qui pense que le chant, que quelques mots chantés, quelques mots enregistrés un jour dans un studio peuvent sauver devrait avoir un Bertin. Un Bertin comme un kit de survie, un Bertin comme une bouteille d'eau pour la route, un Bertin comme une bouteille de vin pour les amis.





Le titre le rêveur en début de concert m'a tapé dans l'oreille...
Alors je suis parti avec quelques disques et puis il me manque toujours un disque de Bertin. Je ne connaissais pas La jeune fille blonde, sorti en 2002 chez Velen (la maison d'édition édite tous ses disques).




La photo vient d'un portefeuille ou de la poche intérieur d'une veste, peut-être du tiroir d'un secrétaire. Elle est marquée, un peu déchirée (rien de grave) en haut à gauche, pliée vers le bas, il faut bien que les doigts se posent quelque part. Quand on la sort elle apporte son lot de souvenirs et de vie qui se développent dans nos têtes.

La jeune fille blonde c'est 16 nouvelles chansons écrites par Bertin et arrangées par Laurent Desmurs avec guitare, accordéon, claviers, percussion et flûte. Il s'agit ici de chanson française et plus précisément de ce genre spécifique qui met les paroles un peu plus en avant que la musique. Mais qu'on ne s'y méprenne pas, la musique compte aussi, elle porte les paroles, le rythme, renforce les mots et les propos.
Ici la vie est prise dans un maelstrom d'images : le pays, la terre qui est ronde et dont on ne peut pas s'enfuir, le paysage, un calme baudelérien qui vient soudain ; la vie, l'amour, le souvenir, l'eau qui monte, la crue qui vient et des arbres pétrifiés depuis la préhistoire qui remontent à la surface.

Anne-Marie Delannoy, la Jeune fille blonde, est morte quelques années plus tard en février 2006. Prenez le temps, surtout prenez le temps, l'album de Bertin sait rendre toutes leurs beautés à la mélancolie et à la tristesse. Et plus encore.





Commentaires

  1. Tant retourné par l'écoute de l'un, de l'autre - surtout de l'autre.
    Et cette complète incapacité à "rejouer" l'un ou l'autre à la suite, tant la chose me semblerait vulgaire.
    RM

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