Cartographie des nuages, David Mitchell


Dans Descente aux enfers de Marc Dugain, un personnage dit que l'important dans un roman n'est pas tant le sujet en lui-même que ce qui est développé à la périphérie. Cartographie des nuages – et déjà, ce titre donne des perspectives – multiplie les récits, et donc les sujets.

Le roman possède une ampleur que son apparente simplicité ne laisse d'abord pas prévoir. L'ampleur tient à la temporalité, depuis le carnet de voyage écrit par Adam au 19e siècle jusqu'à un futur lointain peuplé de clones, les époques défilent mais certaines choses ne changent pas. Chaque récit pourrait faire une nouvelle, et l'ensemble se tient grâce aux symboles, aux nuages et à cette tache de naissance portée par plusieurs personnages.

Quand Cavendish, l'éditeur au best-seller improbable, est soudain enfermé dans une maison de retraite qui fait penser à Vol au-dessus d'un nid de coucous, on se marre. L'incursion côté SF avec la factaire Sonmi, prototype de clone pourvue de conscience, et avec Zachry, homme d'un futur retourné au temps des croyances ancestrales, évoque les trouvailles langagières d'un Alain Damasio.

"Oh, c'est pas facile d'être jeune parc'que tout c'qui vous perxplexe et vous anxiète, ça vous perplexe et vous anxiète pour la première fois."

David Mitchell met en place des poupées russes géantes. Il cartographie notre monde, et d'abord les ambitions de ses personnages. Elles font écho à notre société, qui a subi « La Chute » et tente de se reconstruire sur un passé fantasmé. L'auteur pose bien sûr la question récurrente d'un monde meilleur en butte avec l'égoïsme et la volonté de domination. Dans la partie américaine de Cartographie des nuages, celle où la journaliste Luisa enquête sur le nucléaire, on lira une phrase qui résume autant qu'il est possible l'ensemble du roman : « Ce futur virtuel est susceptible d'influencer le futur réel. » Est-ce la phrase qui a attiré les réalisateurs Lana et Larry Wachowski ? Ce roman foisonnant est leur nouveau projet, sorti sur grand écran en Amérique en octobre 2012... La bande-annonce sur fond de musique grandiloquente et de scènes qui ne donnent pas dans la finesse peut laisser dubitatif qui a déjà lu le roman.

"L'on écrit de la musique parce que l'hiver est éternel, si l'on ne composait pas, les loups et la bise nous sauteraient à la gorge."



David Mitchell, Cartographie des nuages, L'Olivier, 2007, 23,30 €, 659p. Traduction Manuel Berri.

Commentaires

  1. J'appelais ça une forme circulaire, moi, mais tu as raison, c'est plutôt des poupées russes, avec une structure ABCDCBA ou quelque chose comme ça. Tu me donnes envie de le relire, tiens ! J'ai aussi lu Les mille automnes de Jacob de Zoet, que j'ai beaucoup aimé aussi, mais qui n'a pas grand-chose à voir avec Cartographie des nuages.

    RépondreSupprimer
  2. Le roman est sans doute plus réussi que le film, gloubi-boulga new age dont certains fragments sont plutôt réussis, mais l'ensemble est assez consternant.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire