Dany se souvient de cet air



Je me souviens de cet air. Plus précisément je me souviens que je le murmurais. Je n’avais pas vraiment le choix d’ailleurs, n’ayant alors que sept ans, je n’avais pas encore de poste de radio personnel sur lequel guetter le passage de mes chansons favorites. Le seul moyen pour moi de ne pas perdre la mélodie est alors de la ressasser pendant des heures, mentalement ou à voix basse, jusqu’à la déformer et presque en créer une nouvelle qu’il m’arrivait de préférer à l’originale. Est-ce cette manière de se rappeler une chanson qui a accentué mon goût pour la mélancolie? Je dois admettre que toutes les chansons de variété, que j’aimais enfant étaient toutes empreintes d’une certaine tristesse. Citons en exemple celles qui m’ont le plus marqué : Maman à tort (1984), La ballade de Jim (1985), Hunting high an low (1985), Calling you (1988), Woman in chains (1989).
Mais le titre de la première dont je me souviens m’est resté inconnu pendant près de vingt ans. Sans blague.
C’était vers 1982-83. Elle illustrait un film publicitaire, genre Woolite©, et je n’en ai donc connu qu’une strophe et un refrain, raccourcis tous deux pour tenir en trente secondes. Impossible de savoir qui en était l’auteur, ainsi que le nom du morceau, bien évidemment. Ce n’était pas un tube de l’année, et sa diffusion sur les ondes était donc rare, en tout cas pas quand je pouvais écouter la radio familiale bloquée sur RTL. Ne connaissant pas l’anglais, je la francisais comme je pouvais pour en conserver l’air : I need you lovin’ devint ainsi Dany a de la veine. Trop loin des paroles originales pour demander à mes frères et soeur ou mes camarades, si cet air leur disait quelque chose.
Ce morceau m’a obsédé tout un été, avant d’être supplanté par un de ceux nommés plus haut. Mais il n’a eu de cesse de me narguer dans les années qui ont suivi : je crois ne l’avoir jamais entendu en entier. Je l’attrapai toujours au vol sur les stations de radio et toujours trop tard pour en connaître titre et interprète.

Mes goûts ont commencé à évoluer à l’adolescence, mais mes préférences sont restées les mêmes et j’ai toujours eu cette inclination pour les morceaux mélancoliques (au hasard Lose my breath - My Bloody Valentine, Tout sera comme Avant - Dominique A ). Et cela ne s’est pas cantonné au strict domaine musical mais s’est étendu aux romans et aux films.
C’est attiré par l’alliance entre la poésie régressive de Gondry et l’imagination malade de Kaufman que je vais voir Eternal sunshine of the spotless mind en 2004. Je dois être un peu dépressif à cette période, car le film m’émeut au delà du raisonnable.
Mais surtout je suis pétrifié quand démarre le générique de fin, et la musique qui l’accompagne. C’est un cover par Beck de ce putain de morceau.

Everybody’s got to learn sometimes, The Korgis


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