vendredi 31 juillet 2009

Des savons pour la vie, Harry Crews

Des savons pour la vie me semble être un excellent choix pour prendre connaissance avec cet auteur incontournable. J’avais auparavant lu Le roi du KO, qui m’avait plu sans m’avoir emballée. Ici, la verve des dialogues ping-pong entre Hickum le vendeur de savons et l’impétueuse Gaye, donnent un sel tout particulier à l’écriture. Abracadabrante, portée par des personnages au top de la galerie des loufdingues, l’histoire égratigne au passage l’univers de l’entreprise et le monde des commerciaux, pointant le laïus à la gloire des employeurs et les techniques du super vendeur tout entier voué à la cause.

Harry Crews met dans la bouche de ses personnages des séries d’insultes que l’on notera dans un coin pour les replacer à l’occasion.
- Seigneur Dieu, t’es fabriqué comme un oignon, toi. À chaque fois qu’on enlève une couche, y en a une encore plus pourrie en dessous, dit Hickum.

Je ne vous livre que le point de départ de cette histoire : tout bascule quand Hickum se retrouve dans la rue en caleçon, punition ordonnée par son patron "Le Chef" autrement dit "Le Bec", pour avoir menti sur l'origine de ses bons de commande. Rien à jeter dans ce roman. Harry Crews utilise comme il faut les 300 pages pour dérouler son trip, carambolage d’êtres improbables qui n’en ont pas fini de faire marrer le lecteur.

Titre en VO : The mulching of America, qui n’a rien à voir avec le titre français. Le terme mulching se traduirait par « paillage », une technique de jardinage qui vise à protéger le sol en le recouvrant d'une couche de matériaux divers. Si un anglophone passe par là il pourra expliquer en détail ce que laisse entendre Harry Crews avec l’emploi de cette tournure que l'on devine à peu près.

Harry Crews, Des savons pour la vie, Gallimard/Série Noire, 2004, 12 euros, 294p.

jeudi 30 juillet 2009

Patrick Gauthier, Bébé Godzilla, Cy Record, 1981 réédité au Japon par Captain Trip en 2007

On retrouve Patrick Gauthier aussi bien aux côtés de Didier Lockwood, d'Aldo Romano, de Mano Solo, de Youssou N'Dour qu'au sein de groupe tel qu'Heldon, Weidorje ou Alien. Notons aussi que Gauthier tient les claviers dans le groupe Magma. En tant que leader il publie Bébé Godzilla en 1980 où bouillonnement et effervescence sont au rendez-vous.

Du Prophet 5 au mini moog, avec Benoît Widemann, Jean-Philippe Goude, Jean-Pierre Fouquey et Jean-François Gauthier, les claviéristes se taillent un belle tranche. Christian Vander, Aldo Romano et Kurt Rust se partagent la batterie. Plus d'une vingtaine de musiciens participent au projet. Les morceaux paraissent branchés sur une certaine science-fiction des années 70 où tout semblait alors possible aussi bien dans la création de nouveaux mondes que de nouvelles technologies. Une pulsation rock - parfois un peu bop - charpente le tout.



Bébé Godzilla, le premier titre, prend directement l'auditeur en main ; le clavier dont joue Patrick Gauthier fait penser au son de Zawinul. Le Grand-Maître Orient et son ouverture rock avec violon (Pierre Blanchard) donne envie de conduire une voiture de l'espace. Le duo Christian Vander (batterie) et Didier Batard (basse) occuperait la place du boîtier de vitesse. La promenade se ferait tout le long de la corniche avec passage sous les cocotiers puisque Gauthier y joue un peu de marimbas. Mixture Trautorium est un maelstrom de musique avec du clavecin... Richard Pinhas est au mini moog. Benoit et les Riverbopper est un genre de suite pour 3 mini moog, un prophet 5 et un piano électrique qui développe le thème sur une rythmique bop d'Aldo Romano (batterie), Alain Bellaïche (percussions) et Dominique Bertram. Heldon est une balade faussement tranquille sur une étrange planète avec végétation rampante et luxuriante peinte par les claviers de Gauthier, les percussions de Steve Shehan, la batterie de Kirt Rust et la basse ronflante de Bernard Paganotti ; s'ensuit Riding on White Horse un décor de percussions du monde entier pour une transition en douceur avec En passant par la Transylvanie où la batterie résolument rock de Clément Bailly et les tablas (Patricio Villaroel) propulsent l'orgue Hammond et la guitare qui, pour passer les cols, entrelacent différents sentiers qu'il fait bon suivre. Nör clôt Bébé Godzilla avec un riff entêtant.

On sort de là avec un étrange goût de carte postale un peu passée ; une de ces cartes postales posées sur le buffet de la cuisine, qu'on prend plaisir à observer sous tous les angles et qui délivre son flot de nostalgie... On espère que les japonais vont rééditer tout le catalogue du jazz rock de ces années là...

mercredi 29 juillet 2009

En français dans le texte

Il y aurait carrément une étude sociologique à faire sur ce phénomène. Souvent les auditeurs qui écoutent de la musique anglo-saxonne ne traduisent pas les paroles, ou très peu, et peuvent ainsi coller un imaginaire très fort derrière des phrases où quelque mots ressortent "Down the road", "deep inside", "dark side", "going home"... La voix devient alors un instrument peu connoté, comme une guitare, un banjo ou un saxophone. Quand les paroles deviennent compréhensibles, le message - le sens dégagé par le texte - devient prépondérant et l'auditeur a tendance à faire passer les paroles au tout tout premier plan et il peut alors lui sembler que le champ musical se rétrécit... aux paroles. La part d'imaginaire ayant été aussi rognée en partie par le sens "plus clair et plus fort" donné par des paroles plus connues.

Jacques Bertin, Trois bouquets



Il faudrait aussi se pencher sur la façon dont les textes francophones sont travaillés, en règle général il semble que la chanson française se préocuppe plus du sens que de la sonorité du mot pour aboutir à un texte. Manset, par exemple, travaille à la manière anglo-saxonne, les concordances de son et de rythme sont particulièrement soignées.

Gérard Manset, Matrice



La scène francophone (des pas morts ou des pas encore morts) est très riche : Deportivo, Jacques Bertin, Allain Leprest, Matmatah, Jean "Dead Wolf" Leclerc, Jean Louis Murat, Arnaud Le Gouëfflec, Loïc Lantoine, Bernard Lavilliers, Thomas Winter et Bogue, Magyd Cherfi, Yves Jamait, Gérard Manset, Capdevielle (qui a sorti un bon album en 2007 passé inaperçu), Al, Dan Bigras, Ridan, Ny:na Valès, Démago (même si là je reste mitigé cochon d'Inde il se passe quelque chose)... Romain Dudek, Alexis HK, Miossec, Nosfell, Pierre Lapointe, Boeuf...

Sûrement, l'écoute de chanson française et francophone demande une réadaptation des oreilles et une remise en cause des schémas neuronaux tracés par l'écoute répétitive de musique anglo-saxonne...

Jean Louis Murat, Caillou


mardi 28 juillet 2009

Une Cantate pour Robin Cook


"- Que voyez-vous maintenant ?
- Je vois Truesafe qui commence à gagner de l'argent en faisant des choses que le contribuable a déjà payées à l'Etat qui devait s'en charger.
- Vous voulez dire le travail de sécurité ?
- C'est ça mais ne parlez pas si fort. (Il a frappé la table du bout de son index.) Désormais, les agences de sécurité sont les points forts de la Grande Bretagne et nous devenons chaque jour plus forts - de toutes les industries de l'Occident, c'est la nôtre qui connaît la croissance la plus rapide. Je connais la valeur des chiffres. Pour ne prendre qu'un seul exemple, mises ensemble, les grosses agences comme la nôtre peuvent mettre sur une affaire un quart de million d'hommes - et la police ? Et l'armée ? Mis ensemble ?
- Je ne saurais le dire comme ça.
- Un peu plus de la moitié - environ cent cinquante mille, tout compté. Et il faut dire que nos hommes ne sont pas les premiers venus - vous êtes bien placé pour le savoir. Ils reçoivent une formation très poussée et nous ne retenons que les meilleurs. Avec trois millions de chômeurs dans le pays, les gens comme moi peuvent se permettre d'être difficiles.
- Autrement dit, la sécurité est désormais l'affaire des entreprises privée, c'est ça ?
- C'est ça. Etant donné la manie grandissante des gouvernements pour la réduction de dépenses, nous allons vers un système moyenâgeux, où les citoyens levaient leurs propres armées pour combler les trous que ne pouvaient boucher les monarques ineptes ou ruinés.
- Et si je ne m'abuse, ces citoyens les comblaient en y mettant le prix, parfois les armées privés étaient loyales envers la couronne et parfois elles ne l'étaient pas. Vous voulez en venir au fait que, selon vous, les particuliers ne devraient pas disposer de ce genre de pouvoir dans les années 80."

Tiré de Robin Cook, Le soleil qui s'éteint, Série Noire, 1983

Un style clair et concis, juste lyrique comme il faut dans les moments durs. Le soleil qui s’éteint se déroule en Angleterre dans les années 80. Le gouvernement est en train de tout privatiser et le narrateur travaille pour Truesafe, une officine privée, qui fait à la fois le boulot de l’armée, de la police et des services secrets britanniques… et on croisera un improbable côtés James Bond en beaucoup plus noir. L’image un peu éculée, façon 7 Mercenaires, du gars qui gagne sa vie en risquant la sienne - en tuant parfois, mais du bon côté du manche - et qui n’a plus grand chose à perdre, passe plutôt bien même dans les moments « romantiques » qui sonnent un peu comme les passages obligés de ce type de roman qui navigue entre littérature noire et espionnage ; Robin Cook est fin.

Le Soleil qui s’éteint, c’est à la fois la fin de l’Angleterre bouffée par le libéralisme, la crise pétrolière et l’argent - « Au train où nous allons, d’ici quelques années, un ministre véreux ne fera pas plus les gros titres qu’une épidémie de fièvre aphteuse » - à l’image de cette vieille dame, au chapitre 9, qui avance les yeux vides en tentant de faire face au froid, et le combat d’un homme seul - un genre de continuation forcément tragique des chevaliers de la table ronde - qui se bat contre la gangrène qui s’infiltre au sein de la démocratie anglaise, pour préserver le rêve d’un monde meilleur et d’une Angleterre digne. Un des thèmes récurrents du polar qui rejoint A.D.G. et Manchette.

On croise une cantate de Bach au fil des pages du roman de Cook, mais on ne sait pas laquelle... Dommage, Jean Sebastien Bach en a composé une multitude, plus de 200 la plupart religieuses. Selon L'Encyclopédie de la musique parue chez Fasquelle, c'est à partir du XVII ème siècle que le terme Cantate commence à désigner plus précisément "une petite scène chantée, sans décors ni costumes, destinée au concert et non au théâtre." L'oeuvre de Bach à été recensée dans le Bach Werke Verzeichnis (Le Catalogue des oeuvres de Bach) : le BWV, établi dans les années 1950 par Wolfgang Schmieder. Ce système de classification des oeuvres de Bach est utilisé dans le monde entier. Ainsi on y trouve de BWV 1 à BWV 222 les cantates écrites par Bach tout au long de sa vie (les oeuvres de BWV 217 à BWV 222 sont d'origine douteuse). Et parmi ses Cantates il y en a une qui colle à l'atmosphère de Cook, La BWV 198 celle qui dit Laß, Fürstin, laß noch einen Strahl...

Daigne, O princesse, daigne encore
Jeter un regard rayonnant de la voûte étoilé de Salem
Et vois quel flot de larmes nous versons
En célébrant ton souvenir.

Et plus loin la Soprano se lance dans une aria :

Faites silence, cordes suaves !
Aucune musique ne peut véritablement exprimer
la détresse de ce pays
A la mort - ô parole doulouresue -
De san mère bien-aimée.

La douleur, la mort, on peut aussi y imaginer un pays qui s'effondre.... Voilà des résonnances pour l'oeuvre de Cook et Le Soleil qui s'éteint. La Chapelle Royale dirigée par Philippe Herreweghe donne une remarquable interprétation de la Cantate 198 chez Harmonia Mundi. On se penchera aussi avec bonheur sur la version de l'Europa Galante dirigé par Fabio Biondi.

Jean Sebastian Bach, Cantate 198 : Laß, Fürstin, laß noch einen Strahl, L'Europa Galante dirigé par Fabio Biondi avec Ian Bostridge (Tenor).

dimanche 26 juillet 2009

Stephane Prat se souvient de cet air

Stéphane Prat est poète et on ne sera pas sans reparler de son oeuvre sur Duclock avec L'ardoise parue aux éditions Asphodele. Sachez aussi que Stéphane Prat a ouvert les pages Aveux dans le n°1 de L'Indic. Le voilà qui nous parle d'une ville qui m'est chère.

En rade


À Alain Le Bis & Cie

Stranded - I'm so far from home/ Stranded - Yeah I'm on my own. All right ! Je tâchais, cramponné à mon volant, de rester sur le pont de Plougastel qui menaçait déjà, en 1987, de s’effondrer. Les rafales y étaient traîtres et pelaient en diable. Le pont suspendu qui remplacerait ce pont pourfendu, avec ses promesses de petit Frisco finistérien, et les déceptions qui vont avec, n’était encore que de l’architecture fiction, un univers parallèle phasmique. Stranded - You gotta leave me alone/'Cause I'm stranded on my own, stranded far from home. Ma fiat 128 n’avait pas encore brûlé, avec deux années d’écriture dans le coffre, au large de Ouistreham. Entre deux morceaux de punk rock compilés sur une cassette audio alourdie, voilée par des enregistrements successifs, j’entendais parfois cliqueter dans le coffre les grands crus bourgeois à 20 sacs (30 euros) dont j’avais pigeonné les étiquettes, et que j’avais carmé au prix de piquettes de table. J’en avais sortis pour mille cinq cent francs payés trente et quelques à la caisse du « Bravo » de Pont-Aven. J’avais fait passer cette cargaison comme un bouquet de fleurs en carmant au prix fort un assortiment très fin de fromages à la coupe. J’apportais le dîner du pauvre. Stranded - Yeah I'm on my own / Stranded - You got to leave me alone/ Come on! Je me répétais mentalement l’itinéraire pour me rendre à Kerhuon, dans la carrée d’Alain Le Bis, dont c’était l’anniversaire. Comme Iggy Pop commençait d’aboyer I Wana be your dog, j’entendais encore I’m stranded, des Saints, tribu pré-punk australienne, de leur album écorché sorti à Brisbane en 1976. Je fredonnais mentalement la rengaine révoltée des Saints, exactement comme un petit air de Brassens, la colère angoissée de Chris Bailey me devenait familière, me tenait compagnie, me doublait même, sur la bretelle de Kerhuon, dans les soies sanguines du soleil bleu. En sortant enfin de la fiat, des bourdons très jaloux dans chaque oreille, alors que depuis la carrée d’Alain Le Bis Joey Ramone faisait vibrer les vitres des tires garées dans sa rue, je sifflotais toujours I’m stranted, (je suis en rade, je suis coincé, seul loin de chez moi, loin de moi, tu dois me laisser mon amour etc…), et c’est réellement ce soir-là que restais en rade, à Brest.

Stéphane Prat
I'm Stranded, The Saints
Brest

The Saints, I'm Stranded


samedi 25 juillet 2009

Le Déchronologue de Stéphane Beauverger


Décidément quand il s’agirait de chercher querelle territoriale ou généreuse raison d‘empoigner son voisin, les mêmes alibis avariés seraient éternellement resservis. Si les couronnes d’Europe n’avaient pas tant brûlé d’envie de venir planter leurs dents dans la couenne caraïbe, le lynchage et l’exécution de quelques colons français mal débarqués en domaine anglais n’aurait jamais trouvé si vibrant écho. Les trônes ont ceci de commun avec les baquets d’aisance que leurs usagers les souillent dès qu’ils s’y posent.

Extrait de Stéphane Beauverger, Le Déchronologue, La Volte, 2009

Un siècle après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, les européens n’ont de cesse de guerroyer pour se partager le gâteau. Sauf que là le temps s’en mêle… Je ne vous en dis pas plus sur cet excellent roman de science-fiction pirato-caraïbe, nous en parlerons plus en détail dans le prochain numéro de L'Indic qui verra le jour en Novembre 2009. Mais sachez d'ores et déjà que les sauts chronologiques, en avant et en arrière du système de narration, permettent des ellipses prenantes ; que le personnage de Villon, capitaine de navire sans patrie ni frontière, blessé et imbibé de tafia, mais toujours debout, est particulièrement touchant. Et que, Christ Mort, c'est la première fois que je croise Nick Drake et Dylan dans un bouzin sur un galion. Alors puisque ni Revivre, ni Dans un jardin que je sais pas plus que Quand on perd un ami de Gérard Manset ne semblent être sur la toile, voici pour Henri Villon, Sévère, Main-d'or, Le Cierge, la Crevette, Arcadio, Le Baptiste, Alejandro Mendoza de Acosta et tous les autres...

John Dowland, Flow My tears chanté par Andreas Scholl



vendredi 24 juillet 2009

Eric Clapton, Slowhand, Polydor, 1977

Je me souviens très bien avoir écouté en boucle Cocaïne, la version d'Eric Clapton, et avoir trouvé ça foutrement bon sauf que je me disais : "bon sang c'est mal la coke, pourquoi ce type parle de ça ?" Mais ce style lent et relâché, nonchalant, me rendait dingue. Je découvrirais plus tard la toune de J.J. Cale. Le reste de Slowhand ressemble d'ailleurs parfois un peu à du J.J. Cale dans la lenteur, sans les notes rondes ni l'étrange pulsation de Cale qui donne l'impression qu'il va toujours de l'avant comme un torrent des montagnes. Eric Clapton sucre pas mal ses chansons et il est plutôt embourbé dans le chemin, mais subtil, le gars finit par arriver à destination, Lay Down Sally est un bel exemple de ballade particulièrement réussie.

Eric Clapton, Lay Down Sally

jeudi 23 juillet 2009

Le creux de la vague, RL Stevenson

Trois Blancs sur une île, trois miséreux sur la plage à Papeete, le ventre vide sous les ondées tropicales, tels sont les personnages que l’on découvre au début du roman. Des êtres humains au plus bas de la dégringolade sociale : Herrick l’ancien employé médiocre, Davis l’ancien « loup de mer Yankee » et Huish lui aussi ex-employé de bureau.

"(...) Capitaine, juste un mot : pourquoi tous les pauvres gens ne sont-ils points voleurs de grands chemins ?
- Pas la moindre idée, dit le Capitaine.
- Ils doivent avoir le bien sacrément chevillé au corps, s’écria Herrick. Il y a là quelque chose qui me dépasse."

Une possibilité va s’offrir à eux : mener une goélette vers l’Australie et échapper à la mendicité. La cale du navire, dont « Capitaine, second, plus un homme d’équipage, tous morts de la petite vérole », est pleine de champagne de Californie qu’il faut livrer à bon port.

À partir de cette situation, les décisions des uns et des autres vont être intéressantes à observer. Chaque comportement nous en révèle un peu plus sur la moralité des protagonistes. On découvre les travers du capitaine Davis, la lâcheté d’Huish, et la tentative d’Herrick pour conserver un équilibre. L’imprévu viendra corser le tout, car la goélette va se perdre en mer. Les trois lascars partis pour gagner de l’or pour rentrer au pays se retrouvent ni plus ni moins qu’au purgatoire, un chemin de pénitence. Car la religion et la présence (ou terrible absence) de la foi et de Dieu tiennent une grande place dans cette histoire. Davis voit le salut en Jésus, Huish se laisse porter par les événements, Herrick est tourmenté par ses responsabilités.

"Je ne crois pas qu’il existe ici-bas la moindre formule qui me permettrait de soulever le fardeau pesant sur mes épaules. Je suis condamné à tituber jusqu’à la fin sous le poids de ma responsabilité ; je ne peux pas m’en décharger ; imaginez-vous que je m’y refuserais, si j’estimais cela possible ?"

Sur l’île le charisme d'un homme, Attwater « l’apôtre », comme il se surnomme, va exacerber les actes des trois pirates. L’affrontement humain devient religieux, et d’une histoire d’aventure en mer, ressortent les réactions de ces hommes face à des choix essentiels. Le tout mené par Stevenson qui échappe à tout manichéisme et laisse un roman qu'il faut sans aucun doute relire pour en apprécier tout le propos.

"Dans tout cela il n’y avait pas la moindre place pour Robert Herrick. Il avait épousé le creux de la vague dans les affaires des hommes, et la vague l’avait emporté au loin ; il entendait déjà mugir le maelström qui devait l’envoyer par le fond. Et dans son âme harcelée et déshonorée il n’y avait aucune place pour lui-même."

RL Stevenson, Le creux de la vague, Flammarion, 234p.

mercredi 22 juillet 2009

U2, Wide Awake In America, Island Records, 1985

U2 a vendu des dizaines de millions d'albums. Il y a peu je causais de ça avec Je Notule ; le disque est une industrie et on est des millions à avoir frémi sur le Smell Like Teen Spirit de Nirvana ou sur One de U2... du frisson industrialisé en quelque sorte. Mais c'est à chaque fois comme si la chanson avait été écrite pour vous. C'est l'effet que ça me fait parfois quand j'écoute U2, notons que ça me le fait beaucoup plus souvent avec, par exemple, Bob Dylan ou Gérard Manset. Sur ce mini album qui comporte 4 morceaux il y a à chaque fois quelque chose qui me cause, une ligne de basse d'Adam Clayton, la guitare cristalline de The Edge, la batterie mat de Larry Muller Junior ou le chant de Bono. Les deux premiers titres sont des prises live, très propre, très pro avec ce lyrisme qui caractérise le groupe dans la première partie des années 80. De quoi transformer votre habitacle de voiture en stadium. Les deux autres titres sont des B-Side issus des singles de Unforgettable Fire (Island Records, 1984). Le tout est particulièrement cohérent et habité. Et puisqu'on est dans les confidences : Love Comes Tumbling et sa guitare claire me font penser aux Smith, je craque complet pour cette chanson, presque comme quand j'avais quatorze ans avec un slove de hard rock, certain parleront de crise de "jeunisme", mais comme le dit Bourdieu, la jeunesse n'est qu'un mot, alors le "jeunisme" hein... 24 ans après sa sortie, Love Comes Tumbling sera un de mes tubes de l'été aussi bon qu'une bière qui attend au frais après une marche sous le soleil ou qu'un rhum arrangé quand on a envie de se chauffer un peu la caboche.

U2, Love Comes Tumbling


mardi 21 juillet 2009

Maxime Le Forestier, Polydor, 1973


Une voix immédiatement identifiable, un phrasé aussi, des textes en vrai, avec même des chansons sans refrain, des arrangements qui tiennent au corps, une pointe de jazz pour servir Parlez-moi de saison, une réussite qui quoi que classique sonne très bon. Une complainte pacifiste et beau temps qu'il fait avec les filles avec Entre 14 et 40 ans. Un slove un peu jazzy avec un clavier et des montées aux cuivres, une orchestration lyrique à souhait, Maxime en fait un peu trop et on se demande ce que ça aurait donné s'il était né en mer, ce gamin dont il a bien connu la mère. Et il y a plusieurs chansons où l'on pourra sûrement trouver qu'il en fait un peu trop le Maxime, mais comme c'est juste un peu trop et comme la musique est bonne, il suffit qu'on se décale un peu, il suffit de plonger un peu - on peut aussi boire un verre de bon vin - se laisser aller et là... il se pourrait bien que tout sonne juste. Et puis voilà de l'humour générationnel avec Dialogue, de la chanson politique bien sentie qui reste malheureusement d'actualité. Remarquez, c'est souvent le cas avec les bonnes chansons politiques, elles prennent rarement des rides ou quand elles en ont ce sont de belles rides qui continuent à se battre et on pourra à loisir reprendre en coeur J'm'en fout d'la France (sur des paroles de Mariane Sergent). Le tube de l'album reste Le Steak ou complainte de ceux qui ont le ventre vide considérée comme une gaudriole par ceux qui ont le ventre plein qui vaut à elle seule que l'on se procure l'album et que l'on passe à côté de l'éventuelle non adhésion à disons un ou deux titres un peu faiblards, Mauve (malgré la bonne basse de Caratini) dont l'orchestration est le cul entre deux chaises et le duo d'Autre Dialogue un peu nunuche malgré la chute...

Il y a toute une équipe derrière Le Forestier et quelle équipe : J-L Labro, Alain Le Douarin, Georges Arvanitas notamment au piano électrique très bien senti sur Si tu étais né en mai, Jacques Bedos, Christian Lété, Paul Houdebine à la prise de son de très bonne facture même si ça sature une ou deux fois sur ma déjà vieille paire d'enceintes, Hubert Rostaing aux arrangements et à la direction musicale, J-P Kermoa qui signe les paroles de Février en cet année là, Parlez moi des saisons, Mauve et de Là où (où le violon de Patrice Fontanarosa gratte bien), Elyane Boras en duo sur Autre Dialogue et Patrice Caratini qui prend parfois son archet et arrange sur Mauve. Je me répète un peu, mais à l'heure ou il devient rare d'entendre des chansons chantées, Maxime Le Forestier se pose là.

Le Steak, Maxime Leforestier


dimanche 19 juillet 2009

Marc Kerjean se souvient de cet air

Marc Kerjean habite Brest, une ville du bout du monde où il fait beau plusieurs fois par jour. Les curieux pourront croiser ça et là les poèmes de Marc. Aujourd'hui il nous emmène voir passer le train avec Interlude.

L’enfance nous parait toujours émettre d’un temps révolu comme une étoile morte dont la lumière nous parviendrai toujours. Cette lumière lointaine nous éclaire aussi de sons oubliés. Gamin, je me plantais souvent devant la télé, et plus que les images, c’est la lumière qui me fascinait, cette lumière qui palpitait jusqu’à ce que la neige recouvre l’écran de son bruissement magnétique. Avant que celle-ci n’apparaisse, les images qui défilaient m’emmenaient toujours faire un tour de manège. Je ne savais pas lire, mais le petit train aux wagons peints de lettres qui servait de générique de fin d’émission, ou d’interlude, racontait une histoire en musique qui me semblait résonner uniquement pour moi. Il y a longtemps que je n’ai pas entendu cette musique.
A cette époque, je possédais une toupie tenant captif sous une cloche transparente un petit train qui tournait à la vitesse de cette toupie propulsée à l’aide d’une poignée munie d’une vis sans fin. J’adorais pomper sur cette vis qui animait la révolution de ce petit train qui tournait et tournait et tournait encore pour mon plus vif plaisir. Un plaisir intime, et intense, qui faisait ronronner mon petit moteur intérieur du ravissement que procure la répétition. Ces deux petits trains sont à présent liés par le souvenir dans une commune vibration de bien-être que je n’ai plus éprouvée depuis bien longtemps.
Quelle était la musique de cet interlude ? Je crois entendre des sons clairs, quasi-cristallins, qu’égrène une guitare au rythme de la succession ininterrompue des wagons, un défilement en boucle qui ne semble jamais finir. Tout autant que la musique qu’accompagnait l’apparition des wagons dans le cadre de la télévision, c’est cette apparition sans fin dont je guettais néanmoins l’achèvement qui me submergeait de mélancolie. Je ne sais si cette musique ignorée aurait à la redécouverte d’une écoute la vertu de me plonger à nouveau dans le bain de jouvence de cette insondable mélancolie. Mais comme Ulysse redoutant le chant des sirènes, je me suis jusqu’à présent abstenu de rechercher l’envoutement de cette mélodie, de peur, peut-être, que tout ne recommence.

*

J’ai finalement effectué une recherche sur la toile : « le petit train rébus » parcourut la campagne des écrans de télévision de 1960 à 1963. Il s’agissait de résoudre un rébus dont la suite était proposée sur les parois des wagons jusqu’à ce que le train entre en gare de « solution ». Ces interludes furent créés par Maurice Bruno. La musique originale, intitulée « Endlessly », était de Clyde Otiset et Brook Benton, interprétée par Mark Taynor et son orchestre. A partir de 1963, « le petit train rébus » fut remplacé par « le petit train de la mémoire » ; il s’agissait, exercice de mémoire visuelle, de reconstituer les fragments d’un dessin, l’image en son entier se révélant à nouveau au terminus bien-nommé. La musique, mélodie envoutante très proche à mon avis de « endlessly », fut cette fois composée par Alec Sinavine. C’est en définitive cette version que j’ai connue, en dépit de ce que suggère le texte précédent qui évoque des « wagons peints de lettres ». Le petit train, selon toute vraisemblance, n’a pas non plus été utilisé comme générique de fin de programmes, mais j’ai tenu à écrire ce souvenir tel que je l’avais conservé en mémoire, ou tel qu’il s’est construit dans ma mémoire, sans chercher à en vérifier l’exactitude, chose faite désormais.


Marc Kerjean
Le petit train rébus

Le petit train rébus, image d'archive ORTF.


samedi 18 juillet 2009

Hugh C. Rae, Skinner, Rivages/Noir, 1999 puis 2001

"Maintenant il y a du verglas sur la route. C'est peut-être la raison pour laquelle Arno conduit lentement en quittant le village où se trouve l'hôtel. Mike, lui, s'est remis à biberonner la bouteille de gin. Je sais que d'ici cinq ou dix minutes il va être K.O.: quand ça lui arrive, il s'éteint comme une chandelle. Les bas-côtés sont noir comme le diable et il n'y a presque pas de voitures qui passent. Je ne sais vraiment pas où on est. La neige n'a pas été enlevée et j'entends le bruit que ça fait sous les pneus, et dans les virages je vois le jaune des bordures quand les phares les éclairent. Nous n'avons pas fait dix kilomètres quand MacNally s'effondre. J'entends le bruit de la bouteille qui est tombée, je vois Arno se pencher pour la ramasser, remettre le bouchon dessus, sans quitter la route des yeux."
Hugh C. Rae, Skinner, Rivages/Noir, 1999.

Skinner est un roman à plusieurs voix, comme Tandis que j'agonise de Faulkner, les divers protagonistes donnent leurs points de vue sur Arnold Skinner et ce qui se passe dans ce coin d'Écosse entre ville, champs, meurtres... Sordide et glauque, on pense à la trilogie de David Peace. Skinner dépeint un assassin amoral avec une fatalité effrayante. Alors forcément on pense à ces murders songs de la Grande Bretagne que l'on retrouve aux USA...

Little Sadie par Spinzorelli



Skinner, traduit de l'anglais par Michel Chrestien, a été écrit en 1965 et est paru aux éditions Gallimard en 1967 sous le titre Le Vampire écossais. Réédition Rivages/Noir, 310 pages, 8,40 Euros.

vendredi 17 juillet 2009

Le rock des années 90, ça va faire 20 ans que ça a commencé

Disons la vérité vraie, celle qui ne ment pas trop, je n'arrive plus vraiment à écouter Nirvana. Je connais les chansons par coeur et elles sont tellement pleines de souvenirs et de vécu qu'elles craquent de partout. Alors j'hésite à les mettre sur la platine ; bien sûr quand j'en mets une elle passe très très bien. Il suffit de me dire un titre pour que je le déroule dans ma caboche, oui même les D-7 et autre Return of the rats. A la grande époque Nirvana, 24 albums s'alignaient dans mon étagère à disques : les 5 officiels - le live électrique n'était pas encore sorti - et 19 pirates allant de Kurt Cobain chantant dans sa salle de bain à la tournée avec le violoncelle sur scène. Aujourd'hui il m'en reste 5 et puis aussi ce disque the "Priest" they called him de Kurt et William Burroughs. J'ai une version de Polly avec de la batterie jouée à toute berzingue.



Pour retrouver cette athmosphère de liberté et de monde réél, loin des gonzesses en maillot de bain au bord de la piscine et des types body buildés qui lâchent devant les micros - de tout cet érotisme hygiénique, macho et puant que dégueule une bonne partie de la musique actuelle - je me plonge dans les Meat Puppets, The Vaselines, Les Breeders, L7, les Melvins, Mudhoney... les Pixies, bien sûr. Ces kilomètres de rock à guitare qui nous ont un peu laissés orphelins. Quoi que en France les Deportivo, par exemple, soient animés de la même énergie.



Il y avait là-dedans un rage et une révolte adolescente, mais aussi un rock un peu détaché qui cherchait autre chose que les gros effets à guitare. Un genre de souffle un peu cradingue, pas lisse, que je peine à retrouver. Mais peut-être que c'est ça le passé, quelque chose comme ce qui a été n'est plus et qui est marqué de souvenirs qui déforment la perception ; parce que le dernier album des Felice Brothers ou des Eels, il pourrait bien se poser là. Et les Two Gallants, c'est quand leur prochain album ? - Hein ? Quoi ! On m'apprend à l'instant que Tyson et Adam feraient un break et qu'ils vont jouer chacun de leur côté dans d'autres groupes... Ah, et les Polite Sleepers alors ?



Bon sang, c'est cette foutue nostalgie qui nous fait croire qu'il ne se passe plus rien.

jeudi 16 juillet 2009

Chattanoogie Shoeshine Boy de Red Foley

C'était en 1949 aux USA, le morceau Chattanoogie Shoeshine Boy se plaçait premier dans les classements Hot Country Songs et Billboard hot 100.

Chattanoogie Shoeshine Boy par Red Foley en 1949



mercredi 15 juillet 2009

Opale de Stéphane Lefebvre

Opale n’est pas exempt de défauts. Connaître, même virtuellement, l’auteur, ne m’a pas empêchée de les voir. Mais je ne crois pas avoir apprécié le roman par indulgence. J’ai fini le dernier tiers sans décrocher. Ce qu’il faut faire, d’ailleurs : lire quasi d’une traite. Du fait des quelques faiblesses, je pense que le roman ne supporterait pas une lecture trop morcelée.

Stéphane Lefebvre opte pour un univers bon enfant, empli de boutades et métaphores souriantes, l’envie de détendre les choses en toutes circonstances, à l’image de son personnage de journaliste, Robin Mésange (tellement vrai et proche de chacun d’entre nous, une réussite). Même face à l’ennemi avec à ses côtés la femme de ses rêves et lui sur le point de se pisser dessus, il faut qu’il trouve le bon mot. Cette omniprésence crée une distance entre l’histoire et le lecteur, qui a bien conscience de lire une fiction, un roman, une aventure qui l’égaye mais prendra fin la dernière page tournée.
Opale séduit par ce ton léger qui en même temps le dessert ; captive par ces couleurs et ces descriptions visant juste ; et les personnages bien sûr, Valentine et Abdellatif les vieux amoureux, Léa la fliquette séduisante, Tony le lycéen mal dans sa peau, et le fameux Robin avec ses sandwichs et ses pepitos devant son indispensable télévision.
La noirceur et la douleur ont tout de même leur place, dans ces morts mystérieuses, dans la maladie d’une mère qui perd la mémoire, dans l’abus d’êtres humains par d’autres êtres humains. Cet aspect-là passe vite. Stéphane Lefebvre n’a pas choisi d’écrire un roman noir, aussi violente soit l’issue choisie pour expliquer les crimes sur lesquels Robin enquête. Le coupable met du temps à se dévoiler (l’auteur a mis du temps à le choisir ?) et l’explication à coup de faux nez est un peu tirée par les cheveux. J’ai nettement préféré le sort réservé au couple Robin-Léa, bien plus proche de la vie telle qu’on la connaît.

À mon avis, les moments où l’auteur abandonne gouaille et légèreté sont les plus réussis, même si j'ai apprécié les éclats de rire offerts par l'histoire. Il m'a semblé sentir comme une retenue dans la façon de raconter. Une hésitation à livrer son style sans barrières. Suppositions... À vérifier lors de la parution du deuxième roman !

Stéphane Lefebvre, Opale, Les Nouveaux Auteurs, 2009, 19,90 euros, 629p.

Et merci Stéphane d'avoir répondu à mes questions si rapidement !

Stéphane Lefebvre et les 3 questions de duclock

Que lis-tu en ce moment ?

Je viens de terminer Le verdict de plomb de Michael Connelly et Traquer les ombres de John Harvey, les derniers romans de deux auteurs que j’apprécie, mais qui, pour une fois, m’ont un peu laissé sur ma faim.
Là, je viens de démarrer Little bird de Craig Johnson (déjà chroniqué ici !), publié chez Gallmeister, un éditeur au travail soigné, spécialisé dans la nature writing américaine, que j’avais découvert avec les livres de William Tapply (Dérive sanglante et Casco Bay)
Ça remplit les poumons et les rétines !

Qu'écoutes-tu en ce moment ? Qu'est ce qui tourne sur la platine ?

Je dois avouer (non, me frappez pas !) ne pas être un grand mélomane.
Les CD tournent essentiellement dans le lecteur de l’autoradio.
En ce moment, ça alterne entre le dernier album de Francis Cabrel, celui de Tori Amos, et un plus vieux, Invitation de Thirteen senses.

Quand as-tu été surpris pour la dernière fois, qu'est ce qui t'a surpris ?

Le week-end dernier. Lorsque j’ai appris qu’un copain d’enfance pas revu depuis des lustres et qui, je crois, n’avait jamais ouvert d’autres livres que ceux imposés par nos professeurs (et encore !), avait lu et apprécié le mien !
Ca m’a tout d’abord scié... et puis vraiment touché.

Où en-es tu de tes débuts dans la peau de l'auteur, les signatures, les ventes, les interviews, les rencontres avec tes lecteurs... comment vis-tu tout ça avec quelques mois de recul ?

Même avec quelques mois de recul, je ne réalise pas encore tout à fait.
Le prix VSD, la promotion du livre, les ventes, sont des choses que je n’aurais jamais pu espérer, ni même imaginer, pour un premier roman.
C’est une chance incroyable.
Pourtant, j’ai encore du mal à me considérer comme un « auteur ».
Ça s’est vu d’ailleurs lors des premières signatures et autres interviews !
Maintenant ça va mieux, même si, lors des salons ou des dédicaces, l’aspect « commercial » de la chose me gêne un peu. Je préfère largement discuter avec des personnes qui ont déjà lu le livre, plutôt que d’essayer de leur en vanter les qualités !

J'imagine que nous ne saurons pas si Robin Mésange reviendra faire signe à ses lecteurs, mais peux-tu nous dire si tu t'es remis à l'écriture, ou si tu t'accordes du répit ?

Disons qu’en ce moment, j’hésite.
Je suis à la fois tenté, les retours des lecteurs m’y incitent, beaucoup me demandent de continuer, mais je suis un peu inquiet aussi !
J’en ai plutôt bavé avec le premier, et retenter cette épreuve horriblement passionnante me fait un peu peur !

mardi 14 juillet 2009

Les McCormick Brothers imitent très bien les poulets

La preuve.

McCormick Bros, Red Hen Boogie,78 rpm Hickory Records


dimanche 12 juillet 2009

Antoine Grangier se souvient de cet air

On a rencontré Antoine Grangier du côté de Rennes un soir où on était allé voir Bad Lieutenant dans un cinéma de quartier. Après ou peut-être c'était avant, je ne me souviens plus très bien, on a mangé des kebab gros comme ça. Vous pouvez retrouver Antoine sur la toile.

Toi je suis sûre que tu écoutes ça, je suis sûre. Et il avait acquiescé.
Nous étions disposés par grappes dans la salle, pendant cet intercours ; moi, plus ou moins assis sur ma table, jouant inconsciemment à perdre l’équilibre, rêvassant. La fille ne me plaisait pas, sa phrase aurait pu aller s’imbriquer dans les autres, masse sonore à laquelle tous les élèves travaillaient, chacun piaillant, chacun s’escrimant à la rendre plus dense. Je suis sûre ; et il avait acquiescé.
Un peu plus tard ce jour-là, nous étions lui et moi à l’internat, dans sa chambre. J’avais prononcé le nom du chanteur, pas tout à fait au hasard, d’autres pensées avaient pourtant eu le temps de s’intercaler, j’avais gardé la phrase de la fille pour cette heure. Je lui avais demandé s’il acceptait de – il avait sur sa table de chevet deux petites piles de cassettes – s’il acceptait de me prêter celle-là. Nos tons neutres. Il l’avait saisie, me l’avait tendue ; je me souviens combien il était soigneux, sur la fiche accompagnant la cassette était écrit le titre de chaque chanson, sans ratures, à l’encre noire, le nom de l’artiste, souligné, je me souviens que sur la face b il y avait un groupe détestable.
Ma chambre était située à l’autre bout du couloir, j’appréhendais de voir surgir une ombre, quelqu’un soucieux de me parler, de m’agacer. Je comptais les portes, plus que trois, plus qu’une, enfin j’atteignis ma chambre. Je suis sûre que tu écoutes ça ; bientôt je pourrais acquiescer.
Face a, face b, le vieux radiocassette et mon hésitation habituelle, dans quel sens la glisser. Du premier coup du bon côté. Je m’étais allongé, j’avais tendu le bras vers ma table de chevet (en fait une simple caisse en plastique, retournée) pour allumer cette lampe qui éclairait trop violement.
Une chanson, une deuxième. Je vérifiais les titres sur la petite fiche. Parfois le rituel compte plus que l’écoute.

Je suis obligé de tricher, de choisir une piste en particulier, pourtant c’était l’ensemble qui m’avait remué. Je lisais les titres, je décidais qu’ils ne formaient qu’une seule phrase. Qui persisterait aussi longtemps que celle de la jeune fille.
Tout de même, je ne choisis pas au hasard. 15 ans du matin. Pour l’âge, c’était le mien, pour la formule, pour les périodes que le texte condensait, pour la succession d’instantanés, le temps ainsi sectionné. Je visualisais les années, les coupures, et la constance du pire, désolation, détresse. Je pouvais acquiescer.

J’ai voulu démêler les éléments constituant cet instant, bien plus tard. Internat, mélancolie, vœux, trajets. J’ai froidement décortiqué. Parallèles, cris, liens, frayeurs. Je voulais croire que tout tenait dans une liste, d’une centaine de mots peut-être, des éclats. Des débris qu’il n’était même pas besoin d’assembler, je croyais qu’ils rendaient l’instant transparent – je ne peux plus acquiescer.


Titre de la chanson et interprète : 15 ans du matin, Mano Solo.
Nom et Âge : Grangier Antoine, 25 ans.
Lieu et année du souvenir : Une chambre d'internat à Saint-Brieuc, en 1998.


Mano Solo, 15 ans du matin


samedi 11 juillet 2009

Foxy Lady et Rollin' Over

En ce début d'année 1968, les Small Faces louent des bateaux sur la Tamise pour écrire les textes de leur nouvel album. Au passage ils empruntent un des riffs de The Jimi Hendrix Experience.

The Small Faces, Rollin' Over


vendredi 10 juillet 2009

Thierry Marignac À quai

1995, des réfugiés de tous les pays, entassés à Hambourg sur un bateau à quai, en attente de jugement. Une micro-société entre coursives et cabine, pont supérieur et cale, s’organise à coup de jeux clandestins, alcool de contrebande, allocations et troc de cigarettes pour survivre. L’horizon n’est pas très vaste, l’espoir repose sur quelques avocats intermédiaires avec la justice, un toit et un rêve d'emploi.

« Ces Allemands si respectueux des lois l’avaient fourré dans un wagon flottant à l’arrêt sur une voie de garage charriant des kilomètres cubes d’eau trouble à chaque battement de coeur. À gros débit sous le ponton métallique, le courant du fleuve dans son flux perpétuel rappelait à toute heure que la vie s’écoulait, que le temps battait aux tempes, que le mouvement était nécessaire. Une donne comme une autre, se répéta Zoran qui jeta sa cigarette pour respirer un peu d’air nocturne avant d’entrer dans la cabine et son atmosphère confinée. »

Zoran le Yougo, sa femme Zina et leurs deux enfants sont la chair de l’histoire. Zoran qui cherche l’évasion sur le tripot du pont supérieur, Zina qui trouve la force de tenir à coups d’anti-dépresseurs. Et puis « l’EuroConscience » envoie ses commissaires sur ce grand navire, Pelletier, Simmons et le traducteur, l’Occidental, pour une mission d’observation.

« Savoir de quel type de plombiers, d’équarisseurs, de programmateurs, de violoncellistes, et même de joueurs ou de gangsters on a besoin. Oui, un pays prospère a aussi besoin de gangsters, Pelletier, c’est la loi de la concurrence qui veut ça. Il faut bien les choisir, c’est tout. »

L’univers de l’administration Européenne, les absurdités de son fonctionnement ; l’univers de Thierry Marignac aussi, ses portraits de femmes et toujours un narrateur en errance ; on retrouve tout ça et surtout l’écriture, sa façon d’en dire beaucoup sans effet d’épate, ses phrases parfois sans verbe, un brin d’humour grinçant et la noirceur qui fait retomber l’espoir comme un soufflet. Sec et à la fois plein de sentiments.

Vous pouvez aller voir le bien qu'en dit dj duclock chez PolArtNoir, et poursuivre avec Renegade Boxing Club, le dernier roman de l'auteur.

Thierry Marignac, À quai, Rivages/Noir, 7,50 euros, 223p.

jeudi 9 juillet 2009

Eric Clapton, (no reason to cry), Polydor, 1976

C'est par Sign Language que je suis venu à écouter (no reason to cry). Un routard du blues et du rock, qui m'avait déjà piégé avec la superbe valse dylanienne de New Morning, m'a demandé un jour : " Et de Dylan, tu connais Sign Language ?" Je lui ai dit que non, mais que Dylan il en avait fait des albums et que parfois... Il a tout de suite clarifié la situation en me disant que cette chanson de Dylan n'était pas sur un album de Dylan, mais sur un disque de Clapton sorti en 1976. C'est ça la belle vie, on en apprend tous les jours.

Sur la jaquette Clapton est assis devant diverses bouteilles d'alcool. Je suis reparti avec le disque à la maison. Il y a du beau monde là-dedans, les gars du Band, et Ron Wood aussi qui venait d'être engagé par les Stones. Si Sign Language est de loin le meilleur morceau de l'album et que parfois, comme dans la chanson Black Summer Rain, Clapton sucre un peu trop les arrangements, il reste que la galette est tout à fait écoutable, on pourra même faire tourner en boucle des titres comme Carnival sans se lasser. County Jail est aussi une belle réussite, même si la voix manque un peu de background par rapport au thème. Le duo de voix colle pile poil à All Our Past Time. Hello Old Friend avec son rythme qui semble venir des îles se tient pas loin de Sign Language. Je voudrais remixer Trouble Double en un peu plus épuré... oh trois fois rien, un peu moins de piano peut-être. Ca fait 33 ans que (no reason to cry) est dans les bacs et les rides qu'il a pris lui vont bien, il prend de l'âge, mieux que beaucoup de choses très lisses dont on nous bassine les oreilles en ce moment. Et très vite l'album devient un compagnon de route.

Eric Clapton, Sign Language




mercredi 8 juillet 2009

Little Bird de Craig Johnson

Voici un nouvel auteur chez Gallmeister, un qui s’attache autant à ses personnages qu’à leur lieu de vie, ici l’Etat du Wyoming jouxtant le Montana de Crumley, dans le grand Ouest américain.

Prenons contact avec Walter Longmire, shérif de la ville de Durant, plus tout jeune, assez déprimé par la mort de sa femme et l’éloignement avec sa fille. Classique dans les faits, mais souligné par une façon d'écrire, de mener l’histoire, de la poser dans un environnement... une alchimie réussie, qui ne donne aucune envie de lever le nez de ce chouette voyage. En plus, Craig Johnson possède un humour fort-à-propos, présent comme il faut au long des 400 pages. Il y a donc ce shérif dans sa petite ville et cet immense paysage de montagnes, et puis la Réserve indienne. Les chasseurs, comme Omar l’énigmatique, le seul à viser juste à 400 mètres avec une vieille carabine. Et le pote de Walt, Henry l’Indien surnommé l’Ours. Le bar qu'il tient est signalé par une enseigne de poney rouge clignotant. « Henry, c’était le chien qui refusait de rester sous le porche. » Bien sûr une femme viendra perturber notre shérif, dans une histoire qui tend vers le noir bien plus que l'eau de rose.

Craig Johnson y va à l’économie de description des sentiments ou pensées. Il est plutôt de l'école "des faits, rien que des faits". Le lecteur fait son propre chemin dans ce qui est pour lui, français bien loin de ce vaste paysage, un nouveau monde. Il devient un habitant de Durant. Il en oublie presque cette histoire d’enquête sur le meurtre de jeunes garçons, lié au viol d’une jeune indienne deux ans auparavant. Il est avec Walt, dans sa vie, avec ses co-équipiers, avec en main la fameuse Carabine des Morts, entouré des fantômes des Vieux Cheyennes, perdu dans les montagnes... et puis l’auteur nous rappelle que, quand même, il nous raconte depuis le début une histoire policière, avec son retournement final. La souffrance et la vengeance ne sont pas loin. Une note noire qui laisse Walt dans sa maison en chantier inachevé, à l'image de son état moral précaire. On est assez pressé de retourner voir comment il va.

Je vous laisse avec ces quelques mots échangés par Henry et Walt.

« - Les pères fondateurs disaient que l’équitation favorise la digestion. - Quels pères fondateurs ? - Les miens. Les tiens n’avaient même pas de chevaux avant d’en voler aux Espagnols... »

Little Bird (A cold dish en VO) débute une série de 5 romans déjà parus aux Etats-Unis, dans de très belles couvertures que l'on peut admirer sur le site de l'auteur.

Craig Johnson, Little Bird, Gallmeister, 2009

mardi 7 juillet 2009

Charlie Haden, Liberation Music Orchestra, MCA Records / Impulse, 1970

Dès l'introduction de l'album on sent que la maîtrise est là et qu'il va souffler un vent de liberté sur les chants de combat du Liberation Music Orchestra qui semble à la fois être le nom de l'album et le nom du big band que l'on trouve là, sous la baguette de Charlie Haden : Gato Barbieri, Carla Bley, Don Cherry, Perry Robinson, Dawey Redman, Mike Mantler, Roswell Rudd, Bob Northern, Howard Johnson, Sam Brown, Andrew Cyrille et Paul Motian ; 14 musiciens en liberté qui rappellent parfois les polyphonies de l'Art Ensemble Of Chicago, si la guitare espagnole s'étaient pointée chez les gars de Lester Bowie. Les interludes qui jaillissent des morceaux sonnent comme la voix d'un vieux gramophone... à la fois touchantes et lointaines. Les arrangements de Carla Bley n'y sont surement pas pour rien. Une grosse réussite quelque peu hypnotique.

Charlie Haden & Music Liberation Orchestra, Sandino (ce morceau ne figure pas sur l'album dont nous parlons ci-dessus, les petits craquements que l'on entend au début disparaissent par la suite).




dimanche 5 juillet 2009

Thierry Marignac se souvient de cet air

Nous avons déjà parlé de Thierry Marignac sur Duclock pour ses romans Fasciste et Renegade Boxing Club. Et ça risque fort de continuer. Il est aussi au programme du numéro 3 de L'Indic, notre numéro de l'été particulièrement désaltérant. Laissons-nous entraîner dans un rade de Paris... avec Alan Vega et son hymne au rythme binaire.

Le juke-box était dans un coin du bar et tous les disques d'Iglésias étaient rayés. Quand une fan de l'étoile ibère mettait un de ses morceaux, le plus proche de l'engin lui mettait un coup de pompe.
L'air qu'on aimait démarrait mine de rien la nausée des matins où on commandait une bière - libres pour la journée. Le son grêle d'une guitare, bientôt hypnotique, soutenue d'une boîte à rythme. La voix était un hoquet gueule de bois sur des sonorités rauques - rares éclairs de la veille - dérapant vers la dissonance, brisée, entre la chute en vrille et le pas cadencé. Aussitôt recouverte par le ressac du son artificiel.
Dents de scie.
Plus tard, dans les premières flambées d'alcool, tout devenait mirifique, l'air connu prenait un autre sens, aussi obsédant : danse et possession de la silhouette guettée avec fièvre au coin du bar, roulement de hanches sur une volte chancelante :

Juke box babe, juke box babe, hum, hum hum.


Nom et Âge : Thierry Marignac, 51 ans
Titre de la chanson et interprète : Juke Boxe Babe, Alan Vega
Lieu et année du souvenir : Paris, Le soleil de la butte, 1980

Alan Vega, Juke Box Babe


samedi 4 juillet 2009


Faites vos jeux ! avec Christopher Brookmyre

Après ses deux premiers romans parus à la Série Noire, Faites vos jeux ! est le troisième roman de Christopher Brookmyre, publié aux éditions de l'Aube. Sûre de passer un bon moment avec, je me le gardais dans un coin depuis un certain temps. Et je n’ai pas été déçue !

Un poil en dessous du Petit Bréviaire du Braqueur, mais au-dessus de Petite Bombe Noire, Faites vos jeux ! est un divertissement de qualité. Incrédules des situations rocambolesques, des cascades cinématographiques à la James Bond et des bluettes, passez votre chemin. Par contre, si vous avez envie de vous éclater en compagnie d’une ménagère écossaise de 46 ans qui s’ennuie dans une vie bien rangée, et d’une équipe d’opérations commando avec à sa tête un mystérieux chef charismatique, foncez. Cette histoire est de celle qui vous laisse collé dans le transat toute la journée.

Il ne faut pas bouder son plaisir ; pour les grandes envolées littéraires, et la profondeur du propos, il y a plein d’autres livres pour autant d’autres occasions. Là, il n’est question que de sensations fortes, rebondissements et humour au milieu d’un complot dans le domaine de l’armement. Casino, yacht, château, hélicoptère, micros cachés et combats dans des scènes jubilatoires et jouissives, entre Glasgow et Nice.

Christopher Brookmyre, Faites vos jeux !, Editions de l'aube, 2008, 12 euros, 558p.


Christopher Brookmyre a accepté de répondre à mes questions par mail, il s'y est prêté rapidement et facilement, un gros merci à lui. L'occasion d'apprendre que son prochain roman sort en France à l'automne, et qu'il a écrit une suite à l'excellent Petit Bréviaire du braqueur.

Christopher Brookmyre, les 3 questions de duclock et plus

Comment avez-vous commencé votre carrière d'auteur ? Est-ce que ça correspondait à une envie profonde, est-ce que ça a été dur ?

Je veux être écrivain depuis que j'ai appris à écrire à l'école. À l'âge de six ou sept ans, j'écrivais des histoires pour m'amuser, et j'ai même dessiné leurs couvertures. Au collège, mes devoirs préférés c'était les rédactions en cours d'anglais. On nous donnait toujours 3 choix : écrire une nouvelle, un passage descriptif ou une rédaction argumentée. Je choisissais à coup sûr la nouvelle, bien qu'elles aient rarement été courtes : j'écrivais vraiment presque dix fois plus que mes camarades, et c'était très indulgent et encourageant de la part de mes professeurs de ne pas protester contre cet abus.

Pourquoi avez-vous choisi le genre polar pour vous exprimer ?

Quand j'ai grandi, il n'y avait pas le large choix de fictions destinées aux enfants et adolescents qu'il y a aujourd'hui, donc à l'âge d'onze ou douze ans je suis passé directement de la BD d'Asterix à Ian Fleming et Robert Ludlum. Pour moi, les romans comportaient toujours les gentils et les méchants, des plans diaboliques et des scénarios bizarres, donc il n'y avait jamais de questions mais ça, c'était le genre de bouquin que je voulais écrire.

En France, seulement cinq de vos douze romans ont été traduits et publiés : Quite ugly one morning (Un matin de chien - Série Noire), Country of the blind (Le royaume des aveugles - Série Noire), A big boy did it an ran away (Petite bombe noire), The sacred art of stealing (Petit bréviaire du braqueur) et le dernier, que je viens de lire : All fun and games until somebody loses an eye (Faites vos jeux !). Vous êtes un auteur prolifique, vous trouvez facilement des sujets pour vos histoires ?

On conseille toujours aux aspirants auteurs d'écrire sur ce qu'ils connaissent, et en même temps que j'approuve celà, je voudrais ajouter qu'on doit toujours écrire sur ce qu'on aime, ou aime détester. Ainsi, j'ai été amené à écrire des histoires posant des problèmes qui m'ont mis en colère (comme les fraudes perpétrées par les voyants et mediums dans Attack of the Unsinkable Rubber Ducks qui sera publié en France cet automne), ou reflétant mes passions et enthousiasmes (comme la magie de scène, que j'ai explorée dans Petit bréviaire du braqueur et sa récente suite A Snowball In Hell).

Jack Parlabane, Angelique de Xavia, Bett, Zal, Simon Darcourt... vous avez créé une grande famille autour de vous ! Avez-vous un personnage favori ?

J'ai préféré écrire sur Angelique et Zal, et j'ai trouvé ça particulièrement satisfaisant de les retrouver cinq ans après quand j'ai écrit A Snowball In Hell, mais c'est toujours excitant de créer un nouveau personnage et de voir comme il ou elle se développe, souvent de façons que je n'anticipe pas.

Je pense que vous êtes un très bon entertainer, qui crée des histoires à rebondissements, mais pas trop, de bons personnages, attrayants, avec un contexte social, de la musique... Vous lire c'est comme regarder un bon film. Mais vous, en tant qu'auteur, quel est votre but ?

On me décrit souvent comme un auteur de roman noir, comme un satiriste et un observateur de la société, mais je me vois principalement comme un auteur de divertissement. Bien que j'aime montrer les dessous de la société dans laquelle mes histoires ont lieu, je veux surtout transporter mes lecteurs dans un autre monde, agréable, dans lequel leurs monstres ont péri et les amoureux se retrouvent à la fin.

Que lisez-vous en ce moment ?

The Romantic Stage d'Alicia Finkel, qui est une histoire des décors de l'ère théâtrale Victorienne.


Qu'écoutez-vous, qu'est ce qui tourne sur la platine actuellement ?

Glasvegas, Muse, Jimmy Eat World, Billy Franks, The Twang, Don McGlashan, Manic Street Preachers.

Qu'est-ce qui vous a surpris dernièrement ? Quand avez-vous été surpris pour la dernière fois ?

J'ai été agréablement surpris quand St Mirren, l'équipe de foot que je soutiens, a éliminé le Celtic de la coupe d'Ecosse de cette saison. Malheureusement je n'étais pas là pour le voir, je parlais à un festival de romans en même temps, mais j'ai eu le souffle coupé quand on m'a envoyé le résultat par texto.

Photo : Internet

All fun and games till somebody loses an eye with Christopher Brookmyre

After his two first novels edited by Série Noire, All fun and games till somebody loses an eye is Christopher Brookmyre's third novel, edited by Editions de l'Aube. Sure to have a good time with it, I kept it on the back burner. I haven't been disappointed.

A little bit under The sacred art of stealing, but a level above A big boy did it and ran away, All fun and games till somebody loses an eye is a quality entertainment. If you stay sceptical in front of incredible situations and cinema stunts in a James Bond way and romances, go your way. But if you want to have fun with an 46 years old scottish housewife who is bored in her well-ordered life, and a commando operation team with a charismatic and mysterious boss, go for it. This story is among those who leave you gobsmacked, all day long on your deckchair.

Don't deny yourself pleasure ; for big litterary flights, or depth of thought there are many other books for many other opportunities. Here, it's a matter of thrills, twist and turns and humour in the middle of a plot in armament. Casino, yacht, castle and helicopter, hidden microphones and fights in jubilant and awesome scenes, between Glasgow and Nice.

Christopher Brookmyre agreed to answer my questions by mail, and did it fast and easily, many thanks to him. The opportunity to learn that is new novel will be published next autumn in France, and that the excellent The Sacred Art of Stealing has got a sequel.


Christopher Brookmyre, the 3 questions of duclock and more

How did you begun your writer career ? Was it a deep wish, was it hard... ?

I wanted to be a writer since I learned to write at school. From around the age of six or seven, I wrote stories for my own amusement, and even designed covers for them. At secondary school, my favourite work assignment was always the essay in English class. We were always given three choices: write a short story, a descriptive passage or an argumentative essay. I unfailingly chose the short story, though it was seldom short: I used to write quite literally ten times as much as my classmates, and it was both encouraging and indulgent of my teachers not to object to this imposition.

Why did you choose crime/action novel genre to express yourself ?

When I was growing up, there was not the range of fiction aimed at older children and teenagers that there is today, so I went from Asterix comics straight to Ian Fleming and Robert Ludlum at around the age of eleven or twelve. To my mind, novels always had good guys and bad guys, devilish schemes and outlandish scenarios, so there was never any question but that this was the kind of book I would want to write.

In France, just five of your 12 novels have been translated and published : Quite ugly one morning (Un matin de chien), Country of the blind (Le royaume des aveugles), A big boy did it an ran away (Petite bombe noire), The sacred art of stealing (Petit bréviaire du braqueur) and the last one, that I've juste read : All fun and games until somebody loses an eye (Faites vos jeux !). You are a prolific writer, you easily find subjects for your stories ?

Aspiring writers are always advised that they should write about what they know, and while I would agree with this, I would add that one should write about what one loves – or loves to hate. Thus, I have been driven to write stories addressing issues that have made me angry (such as the frauds perpetrated by psychics and mediums in Attack of the Unsinkable Rubber Ducks, which will be published in French this autumn), or reflecting my passions and enthusiasms (such as stage magic, which I explored in The Sacred Art of Stealing and its recent sequel A Snowball In Hell).

Jack Parlabane, Angelique de Xavia, Bett, Zal, Simon Darcourt... you've created a big family around you ! Do you have a favorite character ?

I most enjoyed writing about Angelique and Zal, and found it particularly satisfying to return to them after five years when I wrote A Snowball In Hell, but it is always exciting to create a new character and see how he or she develops, often in ways I had not anticipated.

I think you are a great entertainer, creating stories with twists and turns - but not too much - great characters - attractive - social context, music... Reading you is like watching a good movie. But you, as a writer, what is your purpose ?

I am often described as a noir writer, as a satirist and as a social commentator, but I think of myself primarily as a writer of escapist fiction. Though I like to reflect the backdrop of society against which my stories take place, I principally want to transport my readers into a gratifying other world in which their monsters are slain and the lovers find each other in the end.

What are you reading now ?

The Romantic Stage by Alicia Finkel, which is a history of Victorian-era theatrical set design.

What do you listen to, these days ?

Glasvegas, Muse, Jimmy Eat World, Billy Franks, The Twang, Don McGlashan, Manic Street Preachers

What is your last surprise, the last time you were surprised by something ?

I was pleasantly surprised when St Mirren, the football team I support, knocked Celtic out of the Scottish Cup this season. Unfortunately I wasn’t there to see it, as I was speaking at a book festival at the time, but it took my breath away when someone texted me the result.

vendredi 3 juillet 2009

Changer le son de cloche

Dans « ces chanteurs que l’on dit poètes » paru en 1970 à l’Ecole des loisirs, l’auteur C. Hermelin remarque « On pourrait dire, en schématisant un peu, que la carrière de Winter* a été fabriquée par la mode, alors que la mode s’empara des chansons de Moustaki faites sans tenir compte de ses désirs et de ses besoins. » Et Hermelin de constater « Tout se passe comme si le mot « chanson » recouvrait deux réalités différentes, deux types de chanteurs, deux types de public. » Plus loin il distingue « la chanson de consommation » où l’on entend plus que l’on écoute et la « chanson d’expression » où l’écoute est plus exigeante et soutenue.

À l’heure actuelle, où des émissions télé essayent de faire croire qu’un chanteur se fabrique en six mois et quelques cours de scénographie suivis de l’interprétation de deux ou trois tubes, il semblerait bien que le déséquilibre entre les deux chansons atteigne un sinistre sommet et que les auteurs compositeurs comme Jacques Bertin, Bernard Joyet, Al, Philippe Marlu et tant d’autres qui travaillent depuis des années ne trouvent pas leur place dans ce que l’on appelle les grands médias… Il ne tient qu’à nous de changer le son de cloche. Aussi chez Duclock, on va intensifier le côté chanson française et francophone.

Alain Leprest, C'est peut-être


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*David Alexander Winter se place troisième au Hit Parade en mars 1969 avec « Oh Lady Mary », qui pour ma part m’est totalement inconnu. Quoi que l’on m’informe à l’instant que monsieur Winter est le père d’Ophélie Winter…

jeudi 2 juillet 2009

Pussy Cat Rag, Requiem pour Speed

Il y a Domenico Scarlati avec La fugue du chat au clavecin ; Heinrich Ignaz von Biber qui lui consacre une sonate en la majeur au piano sobrement intitulée Le Chat. Rossini écrit un Duetto buffo di due Gatti pour deux sopranos aussi appelé le Duo des chats. Chopin propose une Valse du Chat. Stravinsky lui consacre une berceuse. Dans Pierre et le loup, Prokofiev lui assigne la clarinette.

Prokofiev, Pierre et le loup



En jazz Requiem pour Dali de Daniel Givone est consacré à la mort d'un chat ; Zez Confrey compose Kitten on the keys ; on croise dans le répertoire New Orleans un terrible Pussy Cat Walk, faut dire que la façon de marcher du chat se prête au ragtime et au swing ; et puis il y a le Ah Leu Cha de Miles Davis, m'étonnerait pas que ça cause d'un chat ; la collection Saga d'Universal Jazz France y consacre une compilation entière intitulée Jazz & Cats...

Jerry Roll Morton, Tom Cat Blues



Claude Nougaro, Brigitte Fontaine, Dyonisos, Renaud, Pow Wow, Brassens, The Cure, Freddie Mercury, Telephone, Philippe Marlu en passant par C'est la mère Michel qui a perdu son chat, y a pas à tortiller, le chat a inspiré un bon nombre de morceaux de musique et de chansons...

The Cure, Lovecats


mercredi 1 juillet 2009

Intro and Outro, Gorilla

L'intro et l'outro de The Bonzo Dog doo-Dah Band (Liberty Records, 1967) album du groupe Gorilla - ainsi nommé en hommage à King Kong - dont les maquettes ont en partie été produites par Apollo Vermouth (autrement connu sous le nom de Paul McCartney) font état de la présence du Général De Gaulle à l'accordéon, d'Eric Clapton au ukulélé, de John Wayne au xylophone, d'Adolphe Hitler au vibraphone, de Quasimodo aux cloches... je vous laisse imaginer la suite de l'album.