Internet et zapping


« Le siège de Google, à Mountain View, en Californie, le Googleplex, est la Haute Église d’Internet, et la religion pratiquée en ses murs est le taylorisme. Google, selon son directeur-général Eric Schmidt, est “une entreprise fondée autour de la science de la mesure” et il s’efforce de “tout systématiser” dans son fonctionnement. En s’appuyant sur les téra-octets de données comportementales qu’il collecte à travers son moteur de recherche et ses autres sites, il réalise des milliers d’expériences chaque jour, selon le Harvard Business Review, et il utilise les résultats pour peaufiner les algorithmes qui contrôlent de plus en plus la façon dont les gens trouvent l’information et en extraient le sens. Ce que Taylor a fait pour le travail manuel, Google le fait pour le travail de l’esprit. »
Extrait de la traduction de l’article de Nicolas Carr « Est-ce que Google nous rend idiot ? » publié sur Le Monde.fr

Il semble bien que peu de monde lise un article long sur Internet et que le temps de visionnage d’une vidéo youtubesque, par exemple, se limite à une minute, deux maximum. Bien sûr la lecture à l’écran est moins agréable que la lecture sur papier et beaucoup de machins clignotent souvent autour du texte que l’on est en train de lire et – avec les liens hypertextes - on a vite fait de cliquer ailleurs. Il me semble qu’on observait déjà ce phénomène de la zapette sur les consommateurs de télévision. Le média Internet doit jouer dans ce comportement, mais l’utilisateur de ce média est aussi responsable. Pourquoi ne pas lire un article en entier, pourquoi zapper une vidéo ? Est-ce par peur de rater quelque chose ? Ou par défaut de concentration ? Le net contient énormément d’informations, des ouvrages en ligne de Debord à des veilles de dépêches de presse. Cette idée de contenu foisonnant et de communication toujours possible nous oblige-t-elle à effleurer la surface des textes, à ne rester qu’aux gros titres ou aux trois phrases d’un commentaire de lecteur souvent épidermique ? Quelle est la part de notre fainéantise, de notre envie de communiquer sans risque, ni engagement – à l’abri derrière l'écran - dans le processus de zapping permanent ?

Quoi qu'il en soit il semble bien que ce zapping épileptique sur Internet ne favorise pas vraiment la réflexion à long terme et laisse souvent un peu groggy, bourré de simples réactions épidermiques et sans profondeur.

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